Archives de mes articles “Rage à l’Ame” – de 2007 à 2011

Planète Terre, Planète Désert?

Alors que quelques pantins s’agitent frénétiquement dans l’arène électorale, l’arène véritable (au sens latin du terme: “arena”, “sable”) recouvre inexorablement la terre de son linceul stérile. Les démagogues, de tous bords, promettent toujours plus de croissance: plus de salaires, plus de vacances, plus de travail, plus de consommation et bien sûr, plus de sécurité contre un ennemi inexistant.

Le seul terrorisme est alimentaire et ce sont eux qui l’ont mis en place avec leurs complices des multinationales.

La Planète se meurt d’extraction, se meurt de combustion. La Planète Terre commence à régler ses comptes avec l’humanité: à force de soustractions, c’est maintenant l’addition qu’elle présente!

Terrien, sors de ton rêve! La Planète Terre s’enlise, s’ensable, se désertifie. Serait-ce que la Planète “déserte” l’humanité? Le mot “désert” vient du latin “desertus”, de “deserere” qui signifie “abandonner”.

Dune: le destin de la Planète Terre?

En 1957, le journaliste Frank Herbert est envoyé à Florence dans l’Oregon aux USA afin d’écrire un reportage sur un projet gouvernemental de lutte contre les dunes de sable par l’élaboration de barrières végétales. Il en repartit fasciné par l’écologie et les dunes de sable.

En 1965, Frank Herbert, devint l’un des grands maîtres de l’écologie-fiction et de la science-fiction en publiant le premier ouvrage de son épopée grandiose connue sous le nom de “Cycle de Dune”. Frank Herbert avait-il pressenti le destin inéluctable de notre planète? Peut-on considérer Dune comme une allégorie?

Quels sont les facteurs limitants de l’écosystème planétaire de Dune qui le sont également dans le nôtre ou qui pourraient le devenir à très court terme?

– Les vents de sables se déchaînent sur Dune à 700 km/heure.

– Des vers gigantesques partagent la maîtrise de cette planète avec les Fremen ( “Free Men” / Hommes Libres). Ils font plusieurs centaines de mètres de longueur et sont source de l’Epice.

– Dune est une planète-désert. Le sable recouvre tout.

– Dune est une planète sans eau: toute eau est recyclée, y compris l’urine, la transpiration et même “l’eau” des défunts.

Tempêtes d’humus, Tempêtes de sable

En 1932, le “Dust Bowl” frappa les grandes plaines du sud des USA et s’installa pour une dizaine d’années. Les grandes tempêtes de sable (de parfois 3000 mètres d’épaisseur) apportèrent ruine et dévastation: elles furent au nombre de 70 en 1933, 73 en 1936 et 134 durant les 9 premiers mois de 1937. Le 9 mai 1934, une tempête de sable partit du Montana et du Wyoming et emmena dans son sillage 318 millions de tonnes de sol. L’année 1938 vit la perte de près d’un milliard de tonnes de sol. En mars 1939, une tempête de sable de l’Oklahoma embarqua une quantité de sol suffisante pour recouvrir d’une épaisseur de 30 cm une surface de 2,5 millions d’hectares (le dixième de la surface agricole de la France).

Les dunes de sable envahirent les champs, faisant parfois 500 mètres de longueur et 7 mètres de hauteur. L’agriculture fut anéantie: 30 millions d’hectares furent abandonnés. Ce fut l’exode pour 3,5 millions de citoyens US.

Durant cette période, de nombreux cataclysmes naturels aggravèrent le cycle de vents de sable et de sécheresse: orages de grêle, températures extrêmes, électricité statique, inondations.

Selon les experts en paléoclimatologie, qui ont étudié les cycles de sécheresse sur 2000 ans aux USA, les périodes de sécheresse du 20 ème siècle sont loin d’avoir été les plus sévères de l’histoire de cette partie du continent.

Pourquoi le “Dust Bowl” fut-il alors si dramatique? Tout simplement parce que cette région des USA n’aurait jamais due être labourée! Pendant des milliers d’années, ces vastes étendues d’herbes semi-arides ont été balayées par les vents et sujettes à des cycles de sécheresse pouvant durer de 25 ans à 70 ans! Et pourtant, les colons avaient été prévenus par les Amérindiens qui leur conseillaient de ne pas ouvrir les terres de leur charrue et surtout de ne pas toucher à l’herbe.

La leçon du “Dust Bowl” fut-elle apprise? Pas du tout. La seconde guerre mondiale fit monter les cours agricoles et les agriculteurs recommencèrent à labourer des terres marginales. Les tempêtes de sable revinrent de 1954 à 1957 et la dévastation s’étendit sur deux fois plus de terres que lors des années 30. Dans les années 1970, les USA vendirent du blé à l’URSS et les cours flambèrent. Les agriculteurs mirent les bouchées doubles (et les charrues quadruples) et les tempêtes de sable revinrent.

La leçon du “Dust Bowl” ne servit pas plus aux agriculteurs du Kazakhstan. De 1960 à 1980, ils détruisirent les prairies pour les remplacer par de la culture de blé sur 26 millions d’hectares: l’équivalent de la surface en blé cumulée du Canada et de l’Australie! Dès 1980, l’érosion terrible par le vent remettait en cause la viabilité économique des fermes suite à une baisse drastique de productivité. En 2000, la surface en blé couvrait moins de 13 millions d’hectares avec des rendements de l’ordre d’1 tonne par hectare! En l’espace de 20 années, donc, le Kazakhstan a abandonné la culture du blé sur une surface agricole équivalente à la surface en blé du Canada. Combien de millénaires seront nécessaires pour régénérer ces sols détruits par l’érosion éolienne?

L’érosion éolienne peut également se manifester par des transits inter-continentaux. Tout comme le nuage de Tchernobyl ne fut pas arrêté par la frontière suisse (c’est d’ailleurs un certain Mr. Nicolas Sarkosy qui était chargé de mission pour la lutte contre les risques chimiques et radiologiques à cette époque), les tempêtes de sable ne reconnaissent aucune frontière et exportent de la matière première précieuse sans qu’aucun droit de douane ne soit perçu.

En avril 2001, une “tempête de sol” de 1800 km d’amplitude s’envola de Chine (transportant des millions de tonnes de sol) pour venir atterrir en Amérique du nord: elle recouvrit de son manteau toute la partie ouest, de l’Arizona au Canada.

La Corée du sud est, elle-aussi, périodiquement paralysée par d’immenses tempêtes de sable en provenance de la Chine. Fin avril 2007, une telle tempête frappa le pays. Le 1er avril 2007, une autre tempête de sable arriva du désert de Kubuqi, le septième désert de Chine et sema le chaos dans la péninsule Coréenne. Ces tempêtes sont d’autant plus dramatiques qu’elles véhiculent également une grande quantité de polluants, issus des industries de l’est de la Chine, qui engendrent des maladies respiratoires et cutanées et qui déséquilibrent les activités agricoles.

Le désert de Kubuqi, en Mongolie intérieure, n’est un désert que depuis 30 années: c’était auparavant une zone de verts pâturages pour les Mongols et leurs troupeaux.

La Chine livre une bataille, qui est perdue d’avance sans doute, contre l’avancée des déserts, les anciens et les nouveaux qui se créent. Selon Wang Tao, de l’Académie Nationale des Sciences de Chine, ce sont 24 000 villages recouverts par les sables, qui ont été abandonnés, totalement ou partiellement, durant la seconde moitié du siècle passé. De 1950 à 1975, la Chine perdait chaque année 175 000 hectares. Entre 1975 et 1987, la désertification s’empara de 200 000 hectares par année. De 1987 à 2000, la désertification s’empara de 300 000 hectares par année. A ce rythme là, la Chine perdra 400 000 hectares de terre par année à partir de 2012.

En Chine, les tempêtes de sable s’aggravent en précocité dans la saison, en intensité et en nombre, au fil des années. Elles sont devenues une des principales calamités de ce pays. En 2006, elles affectèrent la qualité de l’air dans la moitié des grandes cités chinoises. Elles couvrirent 4 millions de kilomètres carrés, le double de la surface de l’année précédente.

Le 20 avril 2006, une tempête recouvrit la capitale chinoise de 300 000 tonnes de sable et de poussière.

Cette année, au Tibet, les tempêtes de sable arrivent avec deux mois d’avance sur la saison normale.

Au vu des méfaits sans cesse croissants de l’agriculture industrielle et militarisée, au vu des bouleversements climatiques (quelles qu’en soient les causes), l’érosion éolienne va s’intensifier en Afrique et en Asie et va revenir en Amérique du nord.

Les tempêtes d’humus ne sont plus trop à craindre sur certains continents car une grande partie de l’humus est déjà au fond des océans, grâce aux pratiques barbares de l’agriculture moderne. Ce sont les tempêtes de sable qui vont devenir une des plus grandes calamités de notre planète. Demain.

La planète abandonnée aux déserts

Selon le Professeur Pimentel, de 1956 à 1996, ce sont 1,5 milliard d’hectares de terre arable qui ont été abandonnés en raison de l’érosion. Cela représente un tiers des surfaces arables de la planète.

Au cours des 20 dernières années, environ 300 millions d’hectares (six fois la surface de la France) de forêt tropicales, ont été détruits pour implanter des domaines fermiers et des pâturages ou des plantations à grande échelle d’huile de palme, de caoutchouc, de soja, de canne à sucre et autres récoltes.

A l’échelle planétaire, ce sont 1370 hectares de sol qui sont désertifiés à jamais toutes les heures, ce qui fait 12 millions d’hectares chaque année, l’équivalent de la moitié de la surface agricole de la France.

En Inde, par exemple, ce sont 2,5 millions d’hectares qui sont désertifiés chaque année. Vers 2000, on estimait à 150 millions d’hectares la surface agricole de ce pays. Cela signifie qu’en 2060, il ne restera plus un gramme de terre arable en Inde. En fait, un scénario plus catastrophique peut se profiler si le processus de désertification s’emballe, en raison des bouleversements climatiques: accroissement des températures, sécheresses et disparition des glaciers de l’Himalaya.

A l’échelle planétaire, quelle est la quantité exacte de sol perdu chaque année en raison de l’érosion éolienne et hydrique? Les estimations les plus basses sont de l’ordre de 25 milliards de tonnes de sol par année. Selon les estimations les plus hautes, ce sont 2400 tonnes de sol, chaque seconde, qui partent dans le vent ou dans les océans, à savoir 76 milliards de tonnes de sol chaque année.

Les estimations hautes nous semblent beaucoup plus probables car chaque année Costa Rica perd 1 milliard de tonnes de sols, l’Ile de Java en perd un milliard, l’Ethiopie en perd un milliard, etc, etc.

Dans ses écrits, John Jeavons a évoqué la perte de sol en relation avec la production de nourriture: pour chaque tonne de nourriture produite, ce sont de 6 à 18 tonnes de sol qui sont irrémédiablement perdues.

Un occidental consomme à peu près une tonne de nourriture par an. Dans certains pays, la quantité consommée par personne est de moitié. Dans d’autres régions, ou selon les populations ou les couches sociales, la quantité de nourriture consommée tend vers le zéro, ce qui “explique” le fait que 36 000 personnes meurent de faim tous les jours.

En Chine, l’érosion serait maximale puisque le chiffre de 18 tonnes de sol perdues, par tonne de nourriture produite, est avancé. Les chiffres officiels évoquent la perte de 5 milliards de tonnes de sol chaque année dans ce pays. C’est une estimation strictement a minima. Selon les images de satellite, les déserts du Taklimakan et du Kumtag sont en train de fusionner. Il en est de même pour deux déserts du centre nord qui sont en train de s’étendre sur les provinces du Gansu et de la Mongolie.

En Iran, selon Mohammad Jarian, le responsable du département de lutte contre la désertification, ce sont 124 villages de la région de Sistan-Baluchistan qui ont été ensevelis en 2002 et abandonnés.

Dans le nord-ouest de l’Afghanistan, des dunes de sable de 15 mètres de hauteur envahissent tout et y compris les routes.

Au Nigeria, ce sont 350 000 hectares qui sont désertifiés chaque année, autant qu’en Chine. De 1950 à 2005, la population humaine y est passée de 33 millions à 132 millions tandis que le nombre de vaches, moutons et chèvres passait de 6 millions à 66 millions.

De nombreux pays d’Afrique sont désertifiés très rapidement en raison de différents facteurs: pratiques agricoles non durables, surpâturage et errance des troupeaux, feux de brousse et le commerce du charbon de bois à destination des citadins de plus en plus nombreux.

Madagascar perd jusqu’à 400 tonnes de sol par année et par hectare.

Au Mexique, la désertification chasse 700 000 paysans tous les ans vers les cités ou vers les USA.

Quant à l’Australie, parler de catastrophe n’est tout au plus qu’un euphémisme. Ce pays se prépare à sa septième année consécutive de sécheresse. L’Australie sera sans doute le premier pays dit “occidental” à être ruiné par les processus de salinisation et de désertification: certaines terres Australiennes ont des concentrations de sel trois fois supérieures à celles de l’océan.

Il aura fallu à la société occidentale un siècle et demi d’agriculture et d’élevage intensifs pour transformer l’Australie en un désert. Fast-food and fast-destruction! Faut-il vous l’emballer ou est-ce pour “consumer” de suite?

Un record que même les USA n’ont pas réussi à battre: ils n’ont perdu, en 150 ans de colonialisme, que 75% de leur humus! C’est 1m50 (150 cm) d’humus qui est parti à tout jamais dans les océans. En région tempérée, il faut 500 ans pour produire naturellement 2,5 cm d’humus. Cela veut dire qu’il faudra à la nature 30 000 années pour régénérer ce patrimoine humique aux USA.

Eu Europe, le taux moyen d’érosion du sol est de 17 tonnes par hectare et par année alors que le taux moyen de formation du sol est d’1 tonne par hectare et par année.

En France, par exemple, selon la Chambre d’Agriculture du Pas de Calais, les agriculteurs de ce département perdent entre 10 et 100 tonnes par hectare et par année.

Lorsque l’érosion est de 100 tonnes de sol par hectare et par an, cela signifie qu’il faut 100 ans pour réparer 1 année d’agriculture intensive betteravière et qu’il faut 2000 ans pour réparer 20 années d’agriculture intensive betteravière.

A l’érosion s’ajoute la destruction des sols brûlés par l’agriculture toxique. Ne nous méprenons pas: de nombreuses régions Françaises ne sont peut-être pas des déserts de sable mais elles sont des déserts en gestation. Que se passerait-il si, aujourd’hui, on interdisait en agriculture tous les intrants de synthèse et tous les pesticides?

Les terres sont devenues stériles: les automnes seraient sans récolte.

L’agriculture occidentale moderne est une agriculture hors-sol produisant des aliments-poisons. C’est une agriculture militarisée qui bombarde le sol de tout un arsenal de produits toxiques.

Qui se rappelle que l’année 2006, en fait l’année passée, fut déclarée par l’ONU “Année internationale des déserts et de la désertification”?

Qui connaît l’existence, au sein de l’ONU, d’une commission chargée de la lutte contre la désertification? Peu de gens sans doute et c’est tout aussi bien car cette commission n’a aucun moyen financier! Un léger brise-vent (de sable) tout au plus.

En 2050, que verra-t-on de la Planète Terre à partir du cosmos: de grands déserts entourés de quelques océans, une petite boule jaune et bleue. Le vert aura disparu. Après-demain.

Pénurie d’eau

Il existe une “Journée Mondiale de l’Eau” comme il existe une journée mondiale des femmes, une journée mondiale de l’enfance et peut-être bientôt une journée mondiale de l’humus ou une journée mondiale des vers de terre!

C’est l’occasion, pour tous les hypocrites, de lâcher quelques larmes de crocodiles sur le sort des femmes, sur le sort de l’eau, sur le sort des enfants, bref sur le sort de tous les opprimés.

Cette année, le thème de cette journée mondiale de l’eau était “Faire face à la pénurie d’eau”. La pénurie va bientôt conférer à cette nouvelle opprimée le statut d’eau primée. L’eau bientôt plus chère que le pétrole ( ce qui va ruiner tous les espoirs des inventeurs de moteurs à eau) ou plus chère que le vin ( ce qui va aggraver les dégâts de l’alcoolisme)?

Bref, selon la FAO, la pénurie en eau représente l’enjeu du 21ème siècle. “L’enjeu réside essentiellement dans la nécessité de trouver des moyens plus efficaces de conserver, d’utiliser et de protéger les ressources en eau de la terre.”

Cela ne fait que quelques dizaines d’années que l’on entend ce type de discours creux.

Aujourd’hui, et cela ne date pas d’hier, ce sont 2,6 milliards d’humains qui sont sans assainissement, et ce sont 1,3 milliards d’humains qui sont sans accès à l’eau potable. Tous les ans, 2 millions d’enfants de moins de cinq ans meurent de maladies diarrhéiques liées au manque d’eau potable.

Parlons d’argent et évoquons quelques chiffres. Il existe un “Fonds pour l’environnement mondial” (FEM) qui comme l’ONU le déclare “a été établi en 1990 dans le but de fournir des ressources financières supplémentaires pour traiter les questions environnementales mondiales des pays en développement et des économies en transition”. Ce fonds ne dispose que de 2 milliards de dollars par an, pour toute la planète.

Il faudrait, par exemple, investir 1,5 milliard de dollars pendant 10 ans pour que les 300 millions d’Africains, qui n’ont pas d’eau potable, puissent y accéder et pour que 80% d’entre eux puissent accéder à l’assainissement.

En comparaison, tous les ans, les pays occidentaux subventionnent leur agriculture à hauteur de 350 milliards de dollars. Et tous les ans, les dépenses militaires mondiales sont de l’ordre de 900 milliards de dollars.

Il faut se rendre à l’évidence: la communauté internationale a décidé de laisser mourir de soif, ou de maladies liées à des eaux souillées, toute une partie de l’humanité.

Les voeux pieux et les discours pleurnichards des institutions internationales ne sont que des paravents.

Et cela se comprend. C’est une question de survie pour les nantis. C’est une question de survie pour leur agriculture moderne qui consomme quasiment 90 % de l’eau douce de toute la planète.

Le choix est simple: ou on donne de l’eau à toute l’humanité ou on tente de faire perdurer l’agriculture moderne non durable. Les nantis qui contrôlent la planète ont décidé de privilégier l’agriculture des riches.

L’agriculture moderne non seulement désertifie les sols, non seulement empoisonne les humains et les animaux mais en plus, elle épuise les réserves d’eau douce.

Les variétés modernes de maïs sont la quintessence de ce délire agricole. Un hectare de maïs requiert, aux USA, au moins 5 millions de litres d’eau mais en raison de l’évaporation, ce sont 8 millions de litres d’eau qu’il faut amener par hectare. Ce qui fait 1000 litres d’eau par kilo de maïs produit, et encore ce n’est qu’une moyenne car certaines études évoquent jusqu’à 1500 litres d’eau par kilo de maïs.

Il faut bien préciser que ce gaspillage éhonté de l’eau douce pour la culture du maïs n’est pas lié à la nature du maïs qui est une plante C4, à savoir une plante résistante à la sécheresse. Les variétés de maïs traditionnelles pouvaient croître dans les déserts du Mexique ou de l’Arizona. Les Hopis, par exemple, semaient leur maïs à 30 ou 40 cm de profondeur dans le sable du désert avec des bâtons à semer. C’est l’agronomie moderne qui a fait du maïs une pompe à eau. Et comme les réserves d’eau sont en train de baisser sur toute la planète, les apprentis-sorciers du bricolage génétique nous promettent de nouvelles variétés de maïs chimériques résistantes à la sécheresse. La boucle est bouclée.

Le maïs constitue en France la principale culture irriguée et ce surtout dans le sud-ouest. Mais elle n’est pas la seule: le blé, la betterave, la vigne, la prairie, etc, sont également irrigués.

Voici quelques estimations, quant à la quantité d’eau nécessaire pour l’agriculture US, données par le très réputé Professeur Pimentel, de l’Université de Cornell, dans son ouvrage: “ Ecological Integrity: Integrating Environment, Conservation and Health” (Island Press, Washington DC, 2001).

Pour 1 kilo de pommes de terre: 500 litres d’eau

Pour 1 kilo de blé: 900 litres d’eau

Pour 1 kilo de fourrage: 1000 litres d’eau

Pour 1 kilo de maïs: 1500 litres d’eau

Pour 1 kilo de riz: 1900 litres d’eau

Pour 1 kilo de soja: 2000 litres d’eau

Pour 1 kilo de viande de boeuf: 100 300 litres d’eau

Dans le catalogue des folies agricoles irriguées, la production de viande détient ainsi la palme de la non-durabilité et du gaspillage.

La consommation de viande, au niveau planétaire, rappelons-le, est passée de 44 millions de tonnes en 1950 à 265 millions de tonnes en 2005. Et cette tendance ne fait que s’amplifier.

La quantité d’eau utilisée par kilo de viande diverge en fonction des études.

Selon Georg Borgstrom, de l’Université du Michigan, il faut “seulement” 21 000 litres d’eau pour produire 1 kilo de viande de boeuf.

Selon l’Université de Californie, il faut 44 000 litres d’eau pour produire 1 kilo de viande de boeuf, 13 700 litres d’eau pour produire 1 kilo de viande porc et 6 800 litres d’eau pour produire 1 kilo de viande de poulet.

Une étude publiée par une commission des Nations Unies en 2004 rapporte le chiffre de 70 000 litres d’eau par kilo de viande de boeuf.

Ce chiffre n’est pas très éloigné de celui du Professeur David Pimentel dont les calculs sont fondés sur la nourriture moyenne d’un boeuf aux USA, à savoir 100 kilos de fourrage et 4 kilos de grain par kilo de viande produite.

Aux USA, 65 % des productions agricoles sont destinées à nourrir le bétail (contre 1 % en Inde!).

Sur le plan mondial, la production de grains est de 1985 millions de tonnes dont 60 % sont consommés par l’homme, 36 % sont utilisés comme aliment pour le bétail et 3 % sont brûlés comme fuel.

Si on raisonne en termes de calories, il faut 50 fois plus d’eau pour produire une calorie de viande qu’une calorie de pomme de terre.

Raisonnons maintenant en termes de douche. Admettons que l’on prenne tous les jours une douche de 5 minutes à raison d’un flux de 18 litres d’eau par minute. Quel est l’équivalent d’un kilo de viande de boeuf, selon les calculs du Professeur Pimentel, en termes de douches?

Trois années de douches quotidiennes équivalent à 1 kilo de viande de boeuf!

Ces quelques chiffres nous aident à mieux comprendre le dilemme de la planète que l’on pourrait (presque) résumer comme un choix entre l’eau pour les pauvres et de la viande pour les riches.

Le dilemme se complexifie, en fait, car les riches, maintenant, non seulement veulent de la viande, et encore plus de viande, mais ils veulent aussi des agro-carburants pour faire rouler leurs voitures.

La folie des nécro-carburants est ainsi en train de se répandre comme une peste sur toute la planète. Elle accentue d’autant plus la pénurie de l’eau car il faut jusqu’à 3600 litres d’eau pour produire un litre d’éthanol (à partir de 2,5 kilos de maïs). En 2006, aux USA, 20 % de la production nationale de maïs ( à savoir 55 millions sur les 270 millions de tonnes produites) a été brûlée dans les centrales à éthanol.

Encore plus de pénurie d’eau

Le bilan de l’agriculture moderne est encore pire que ce que l’on peut imaginer car ce ne sont que les effets directs que nous venons de décrire.

Il nous faut maintenant aborder les conséquences indirectes de cette agriculture non-durable sur la gestion des eaux.

Le premier aspect concerne la destruction de la couverture végétale dans les grandes plaines, en particulier dans le passé aux USA et en Australie et plus récemment dans des pays comme le Kazakhstan. Aux USA, un nouveau concept agronomique, aussi insensé que celui de la “vigueur hybride”, vit le jour dans les années 1860-1870. Selon ce concept, la pluie allait suivre la charrue, à savoir que la destruction de la couverture végétale des grandes plaines allait augmenter le régime des pluies.

N’importe quel enfant d’une tribu d’Amérindiens aurait pu prouver aux agronomes US qu’ils avaient complètement perdu la raison. Les cycles de sécheresse et de tempêtes de sable, dont le “Dust Bowl”, eurent raison de ce délire laboureur quasi mystique. Mais les dégâts furent considérables.

Le second aspect, souvent lié au premier, concerne la destruction de l’humus dans le sol. La perte d’humus fait du sol une vraie passoire, ou une chape de béton sur laquelle tout ruisselle, en fonction de la nature des sols. En bref, les sols de l’agriculture moderne ont perdu toute capacité de rétention équilibrée de l’eau pour une croissance harmonieuse des plantes alimentaires. Ce problème est d’autant plus aggravé que les populations de vers de terre ont été décimées par des dizaines d’années d’agriculture mécanisée et toxique.

L’irrigation intensive des cultures n’existe que parce que la structure des sols a été complètement détruite et parce qu’aussi, l’industrie a inventé des arroseurs mécaniques. L’irrigation intensive des terres agricoles provoque, soit dit en passant, un énorme problème de salinisation sur toute la planète.

Le troisième aspect est lié à la déforestation. Les 300 millions d’hectares de forêts tropicales qui ont été détruits durant ces 20 dernières années, l’ont été en grande partie pour des productions agricoles. C’est une catastrophe planétaire car les forêts sont non seulement un poumon mais une immense réserve d’eau.

L’arbre, par essence, appelle la pluie. Et quand la pluie vient, elle percole sans aucun ruissellement.

La déforestation chasse la pluie et amène la sécheresse. Et si jamais la pluie vient, elle ne percole plus, elle ne fait que ruisseler et générer des inondations qui aggravent l’érosion des sols. C’est un cercle vicieux.

Et cela ne va pas être aisé de sortir de ce cercle vicieux en raison des bouleversements climatiques qui sèment le chaos sur la planète depuis plusieurs années et qui augmentent en sévérité. Ces bouleversements n’auraient peut-être pas été aussi “bouleversants” si les écosystèmes naturels avaient été respectés, et si les activités agricoles avaient été gérées harmonieusement.

Il est trop tard et la planète a épuisé sa capacité de prendre des coups sans réagir.

Les grands glaciers planétaires sont en train de fondre. Au mois d’avril 2007, l’Inde était complètement bouleversée d’apprendre que, peut-être, dès 2025, tous les glaciers de l’Himalaya auraient disparu.
Les glaciers de l’Himalaya sont la source de 7 grands fleuves: le Gange, l’Indus, le Brahmaputra, le Mekong, le Thanlwin, le Yangtze et le Fleuve Jaune. La fonte des glaciers va tout d’abord provoquer d’immenses inondations ainsi que des glissements de terrains catastrophiques et ensuite générer une impitoyable pénurie d’eau.

Les gouvernements évoquent, à moyen terme, de déplacer des centaines de millions de leurs paysans. Ce qui est parler pour ne rien dire et juste pour amuser les journalistes. Les déplacer vers quel ailleurs? Surtout si la montée des océans recouvrent les grands deltas et une bonne partie du Bangladesh.

Le problème se pose de la même façon en Amérique du sud. La fonte totale des glaciers des Andes pourrait rendre totalement inhabitable une grande partie de ce continent.

Les glaciers, en fait, constituaient auparavant 70 % de la réserve d’eau douce de la planète. Leur disparition sur tous les continents va provoquer d’énormes catastrophes dont il est très difficile d’imaginer la nature.

Finissons par une notre d’optimisme, une petite cerise sur le gâteau de sable: en France, malgré 70 ans de chimie intensive sur les terres agricoles, toutes les réserves d’eau Françaises ne sont pas encore irrémédiablement polluées!! Cela s’arrose!

En effet, selon les enquêtes publiées par l’IFEN en 2005, 96% “seulement” de nos cours d’eaux et 61% “seulement” de nos nappes phréatiques sont pollués par “seulement” 230 pesticides: la molécule la plus présente étant l’atrazine qui génère cancers (du sein et des ovaires), maladies cardio-vasculaires, dégénérescences musculaires, lésions des poumons et des reins, etc.

Aux USA et au Canada, des études sérieuses ont mis en évidence la présence, dans les eaux, de très nombreuses substances: estrone, ethinylestradiol (venant des pilules contraceptives), des anti-inflammatoires, des remèdes contre le cancer, des tranquillisants, etc. Aux USA, chaque année un million de patients cancéreux sont traités par chimiothérapie. Ces patients génèrent approximativement, chaque année, 650 000 tonnes d’excréments qui sont évacuées dans les égouts. Des chercheurs se sont aperçus que toutes les substances utilisées en chimiothérapie sortaient intactes des systèmes de retraitement d’eau. Toutes ces substances sont mutagènes, carcinogènes, tératogènes et embryotoxiques.

Au Canada, en 1998, deux chercheurs, White et Rasmussen, ont calculé que la génotoxicité présente dans l’unité de retraitement des eaux usées de Montréal d’une part et dans le St Laurent d’autre part étaient seulement imputables à l’industrie à hauteur respectivement de 15 % et de 10 %. Tout le reste avait une origine “mystérieuse”, selon leurs commentaires.

En 2005, en Suisse, une thèse de doctorat a porté sur la contamination de l’environnement par les substances pharmaceutiques. (recherche de Tauxe Würsch, Annick ; Tarradellas, Joseph).

“Dans la première partie de cette recherche, la présence et le devenir de cinq médicaments très utilisés (Acide Clofibrique, Ibuprofène, Kétoprofène, Acide Méfénamique et Diclofénac) ont été analysés dans trois STEPs durant quatre à sept jours consécutifs. L’Ibuprofène, le Kétoprofène, l’Acide Méfénamique et le Diclofénac sont des anti-inflammatoires (NSAIDs). L’Ibuprofène et l’Acide Méfénamique sont les médicaments les plus vendus de cette étude: 17 tonnes par an et par substance en Suisse. L’Acide Clofibrique est un métabolite du clofibrate, de l’étofibrate et du clofibrate d’étofylline. Ces substances hypolipémiantes sont utilisées pour abaisser les concentrations plasmatiques élevées de cholestérol et de triglycérides. La méthode analytique développée pour analyser ces cinq médicaments permet de récupérer généralement plus de 70% de ces composés. Les limites de détection (5-15 ng/l) permettent la détection de ces substances dans les échantillons d’eaux usées.

Les résultats de l’analyse des échantillons montrent que ces cinq substances étaient persistantes et se retrouvaient dans les effluents des STEPs …”

En conclusion, au bout du compte qui va trinquer? Nous sommes en pleine pénurie d’eau et ce qui reste d’eau peut difficilement mériter le qualificatif de H2O!

L’eau de boisson, l’eau d’irrigation, est devenue un dangereux cocktail de pesticides, de produits pharmaceutiques et de résidus industriels.

Et pour couronner le tout, l’eau, bien précieux et bien collectif de l’humanité, est devenue une affaire privée dans les griffes de quelques multinationales mafieuses.

Voleurs d’eau, Voleurs de terre, Pollueurs d’eau, Pollueurs de terre, ce sont les mêmes!

Les Vers de Terre

Sur la planète Dune, les grands vers sont les Seigneurs des déserts. Ils sont la source unique de l’Epice, le Mélange de longévité. Grâce à sa fournaise interne de digestion, un grand ver de 200 mètres peut générer dans l’atmosphère autant d’oxygène qu’une surface couverte de végétation sur dix kilomètres carrés.

Sur la planète Terre, les petits vers sont les Seigneurs des Anneaux! Ils sont l’intestin et le grand recycleur de notre planète et Darwin passa les dernières années de sa vie à les étudier. Il en existe plus de 3600 espèces répertoriées au monde (dont 350 espèces en Europe). Cependant, il est estimé que le nombre réel d’espèces peut atteindre 7000 ou même 10 000. Ils peuvent vivre jusqu’à 15 ans.

Les quelques espèces géantes (de 60 cm à 1 mètre de longueur) qui existaient en Oregon aux USA, Driloreirus americanus et Driloreirus macelfreshi, ont totalement disparu. Ces grands vers blancs exsudaient une substance au parfum de lys. Une espèce de ver géant subsiste encore en Australie. Megascolides australis peut atteindre 1 mètre de longueur et 3 mètres de longueur en s’étirant.

Les vers de terre peuvent abonder dans des terres fertiles et saines. Une prairie permanente non traitée peut en compter de 150 à 400 par mètre carré, à savoir d’1,5 à 4 millions d’individus par hectare, ce qui représente une masse d’1 à 3 tonnes de vers par hectare.

En comparaison, un vignoble ou un champ de céréales maltraités par l’agriculture industrielle et toxique n’en contient que d’un à trois individus par mètre carré. A savoir 130 fois moins.

Les vers de terre sont la clé de la fertilité des sols. Ils sont de trois types:

– Les Epigés (les plus petits, de 1 à 5 cm de longueur) travaillent en surface à digérer le couvert végétal.

– Les Endogés (les vers de taille moyenne, de 1 à 20 cm de longueur) sont sous terre et se nourrissent de matière organique déjà décomposée. Ils peuvent creuser jusqu’à 500 mètres de galeries par mètre carré. Ils représentent 20 à 50% de la biomasse des terres fertiles.

– Les anécique (les plus grands vers qui font de 10 cm à 1 mètre de longueur) vivent dans le sous-sol et peuvent creuser des galeries verticales de trois mètres de profondeur. En Europe tempérée, ils représentent 80 % de la masse totale des vers de terre.

Les vers de terre sont de grands laboureurs: ils enfouissent dans les couches profondes du sol les éléments organiques qu’ils ont prélevés et fragmentés en surface et remontent à la surface la terre des couches profondes ingérée en même temps que les matières organiques.

Les vers de terre sont de grands aérateurs: ils peuvent creuser jusqu’à 5000 km de galeries par hectare, ce qui représente une surface de contact équivalente à 5 hectares.

Les vers de terre sont de grands percolateurs: toutes les eaux de pluie, y compris de violentes pluies d’orages, (jusqu’à 160 mm d’eau par heure) peuvent être absorbées par le sol grâce à ce même travail d’élaboration de galeries.

Les vers de terre sont de grands digesteurs: une biomasse moyenne de vers de terre (environ une tonne par hectare) ingère, en une année, 400 tonnes par hectare de terre et de matière organique (jusqu’à 1 000 tonnes dans les zones tropicales).

Les vers de terre sont, ainsi, de grands régulateurs biologiques du sol, grâce à leur grande capacité d’interaction avec les micro-organismes. Ils produisent du mucus (qui est un substrat organique très énergétique) qu’ils mélangent dans leur tube digestif avec le sol ingéré (qui contient des particules minérales, organiques, et de la microflore) et de l’eau. Leur système digestif mutualiste crée ainsi un milieu idéal pour les bactéries dormantes dans le sol ingéré: elles réactivent leurs capacités enzymatiques et digèrent la matière organique. Leurs déjections constituent ensuite des complexes organominéraux stables. Certaines espèces de vers de terre produisent des phytohormones qui vont favoriser la croissance des plantes. Les vers de terre peuvent également annihiler l’effet négatif des nématodes phytoparasites sur le rendement des cultures.

Les vers de terre, source par excellence de fertilité, ont “déserté” les terres agricoles qui sont devenues les poubelles toxiques de l’agro-industrie. Quel pourcentage de vers subsiste dans les terres agricoles françaises, par exemple? Le calcul est simple. Comme l’agriculture biologique ne représente que 2 % des surfaces et que les vers de terre ne survivent pas dans les terres massacrées par l’agro-chimie, ce sont donc 98 % des vers de terre qui ont disparu.

Cette agriculture intensive et industrielle les a détruits de quatre façons:

– par le labour: les lames de charrue les déchiquettent et le retournement du sol les exposent à de très nombreux prédateurs à la surface.

– par le passage d’engins agricoles excessivement lourds qui tassent et asphyxient les sols.
– par la faim: ils sont, en effet, affamés par le manque d’apport de matière organique.

– par tous les poisons répandus par les multinationales biocidaires: pesticides et intrants de synthèse.

Les vers de terre sont d’ailleurs de puissants concentrateurs de poisons. Ils peuvent concentrer le plomb à des teneurs de plusieurs dizaines de fois supérieures à celles du sol et le DDT à des teneurs 150 fois supérieures à celles du sol.

Peut-être les grands mafieux de l’agro-chimie sont-ils en train de concocter, dans leurs laboratoires secrets, des vers de terre transgéniques résistants au DDT, à l’atrazine, au glyphosate, à l’endosulphon, etc? Des petits vers de terre chimériques pour l’agriculture durable à la sauce Monsanto?

Tsunamis alimentaires

Au risque de nous répéter, répétons-le cependant: tous les jours, 36 000 personnes meurent de faim, dont 2/3 sont des enfants. Mourir de faim signifie ne pas avoir assez à manger. Comme le dirait un célèbre présidentiable, ces enfants sont peut-être programmés génétiquement pour mourir de faim? La mort par faim est-elle une erreur du programme génétique de l’humanité?

On trouve encore dans des livres d’école des commentaires moralisateurs sur la décadence de la civilisation Aztèque qui sacrifiait quelques victimes sur ses autels de pierre.

La mort quotidienne de faim de 36 000 personnes n’est-elle pas un grand sacrifice collectif mis en place par la société décadente des riches et toléré par les institutions internationales?

Le directeur de la FAO, Jacques Diouf, avait même un jour confié que son organisation pourrait solutionner la moitié du problème de la faim et de la malnutrition dans le monde avec seulement l’équivalent de deux semaines de dépenses militaires US, à savoir une petite vingtaine de milliards de dollars.

Donc, nous allons évoquer maintenant les surfaces arables disponibles pour la production de nourriture, mais sans illusion.

Les dés sont pipés: il n’y a aucune volonté de solutionner ce problème planétaire et on serait même enclin à penser qu’il y aurait plutôt une volonté affirmée de vider quelques continents de leur humanité. Après tout, l’Afrique est immensément riche dans son sous-sol: du zinc, de l’uranium, du pétrole, des diamants, du nickel … Et pour l’extraction, les machines conviennent parfaitement.

Selon la FAO, la surface moyenne de terre arable par habitant était de 0,32 hectare en 1961/1963 (pour une population mondiale de 3,2 milliards), de 0,21 hectare en 1997/1999 (pour une population mondiale de 6 milliards) et sera de 0,16 hectare en 2030 (pour une population mondiale estimée à 8,3 milliards).

Selon certains experts indépendants, les projections ci-dessus sont hautement optimistes car la surface moyenne de terre arable par habitant dans les pays pauvres sera seulement de 0,09 hectare en 2014. Elle n’était déjà que de 0,08 hectare en 1996 en Chine.

Quel est l’état de la production de grains à l’échelle planétaire? Un mauvais état.

L’an passé, l’Australie n’a produit que 10 millions de tonnes de blé au lieu des 21 millions escomptées. En 2007, la situation s’empire pour ce pays. Le premier ministre Australien John Howard, qui ne croit pas au réchauffement climatique, a déclaré en fin avril que les agriculteurs du bassin Murray-Darling seraient privés d’eau d’irrigation s’il ne pleut pas en mai. Ce bassin concentre normalement 70 % des ressources en eau d’irrigation du pays et il produit 40 % de la nourriture pour l’Australie. Au printemps 2007, le flux d’eau de ce bassin est seulement le quart de la plus mauvaise année enregistrée.

En Chine, ces dernières années, la production de blé est tombée en-dessous de 100 millions de tonnes alors qu’elle avait été de 127 millions de tonnes en 1997. Cette baisse est imputable à la pénurie en eau.

En fait, les pays grands producteurs de grains, les USA, la Chine, l’Inde, l’Australie, la France sont confrontés à de graves pénuries d’eau. Dans le sud-ouest de la France, des agriculteurs abandonnent la culture du maïs irrigué.

Au niveau mondial, les stocks sont au plus bas depuis 35 années. Ils étaient de 57 jours à fin 2006. Les cours des denrées alimentaires flambent. Aux USA, 115 % d’augmentation pour le maïs en 15 mois.

Soyons réalistes, la Planète Terre continuera bien à nourrir une petite partie (de plus en plus restreinte) de la population humaine jusqu’en l’an 2050. Après quoi, rideau: changement de décor. Et c’est un scénario optimiste (quant à l’échéance dans le temps) car il ne prend en compte ni l’accroissement de la population mondiale, ni la montée des niveaux des océans, ni les bouleversements climatiques que tout un chacun peut commencer à observer, ni bien sûr un emballement climatique que personne n’ose imaginer.

Ce scénario “optimiste” ne prend pas en compte non plus, bien sûr, la grande supercherie des agro-carburants que nous venons de dénoncer dans notre article “Mettez du sang dans votre moteur: la tragédie des nécro-carburants”.

Ces agro-carburants vont générer une accélération de la déforestation: l’Indonésie, par exemple, envisage de détruire 16 millions d’hectares de forêts pour les remplacer par du palmier à huile (bientôt transgénique). Une telle monoculture constitue la première phase du processus de désertification car un sol tropical découvert devient à très court terme un désert. L’Indonésie détient d’ailleurs le record du monde de la déforestation avec 1,8 millions d’hectares par an, ou 205 hectares par heure.

Selon des scénarios résolument pessimistes, ou tout simplement, en fait, réalistes, de grandes crises alimentaires vont se profiler dès l’année prochaine et peut-être même dès cette année. Les températures ne cessent de grimper: certains agronomes estiment qu’une augmentation d’un degré celsius peut provoquer une baisse de rendement de 10 % dans les céréales.

Toutes les anciennes variétés agricoles, qui se caractérisaient par une très grande résilience, ont été éradiquées par les multinationales de l’agro-chimie et de l’agro-alimentaire et leurs complices dans les appareils d’état. Sauve qui peut les anciennes variétés!!

Le Titanic agricole est en train de sombrer et c’est un tsunami alimentaire qu’il va provoquer. L’an prochain ou peut-être demain.

Le monothéisme: une erreur de programme génétique?

Une civilisation qui détruit ses semences, qui détruit ses sols, qui détruit ses eaux, qui détruit ses enfants, c’est une civilisation en train de mourir. La civilisation occidentale est moribonde. Va-t-elle entraîner le reste de l’humanité et tous les écosystèmes dans son sillage?

Dans le passé de l’humanité, de nombreuses civilisations ont émergé et puis disparu, parfois à la suite de la désertification de leurs terres. Ce qui caractérise notre civilisation occidentale, cependant, c’est sa capacité à détruire tout ce qu’elle touche. Elle génère un désert d’amplitude planétaire.

Il est fort intéressant de percevoir que les trois religions monothéistes sont nées du désert.

Depuis 2000 ans, le monothéisme a généré, en de nombreuses contrées, un désert culturel: hors du monothéisme, point de salut. Il n’est pas dans notre propos, ici, de débattre des différences entre ces trois courants monothéistes et de débattre de leur participation respective aux fondements de la société occidentale et de leur responsabilité respective dans l’aggravation du cauchemar écologique que nous infligeons présentement à la sphère planétaire.

Nous souhaitons juste souligner que la société occidentale est née du désert et qu’elle retourne aujourd’hui au désert pour mourir. Malheureusement, elle ne retourne pas au désert, berceau de ses origines: c’est toute la Planète Terre qu’elle transforme inexorablement en un désert mortuaire.

Pour les fondateurs de la société occidentale, le désert n’était pas valorisé en tant qu’écosystème. C’était juste un vide, l’idéalisation d’un état de désengagement, d’aliénation, un symbole de la nature de l’esprit humain. C’est la société occidentale qui a inventé l’histoire écrite avec tous ses avatars d’évolution, de temps linéaire, de progrès, de croissance. C’est la société occidentale qui a sombré dans la folie de la croissance illimitée sur une planète finie, sur une planète limitée. Sans doute parce que ses racines sont empreintes justement d’aliénation, dans le sens d’une coupure totale d’avec le milieu ambiant, dans le sens d’un irrespect total de la Nature, dans le sens d’un abandon total des connections avec le Cosmos. Désert, desertus, deserere, abandonner.

Peut-on dire avec David Miller que le monothéisme engendre d’un point de vue social le fascisme, l’impérialisme, le capitalisme; engendre d’un point de vue philosophique la dualité, la dichotomie et la non-diversité; engendre d’un point de vue psychologique des conceptions rigides, linéaires et figées? Et nous pourrions peut-être ajouter que le monothéisme engendre d’un point de vue agricole la monoculture, la monoalimentation, la destruction de la diversité biologique. En fait, le monothéisme ne serait-il pas la négation même de la Vie?

La relation entre le monothéisme et le désert reste un sujet fascinant à explorer. Car le désert a aussi engendré de magnifiques civilisations, tels les Chacos dans le sud-ouest des USA, qui n’ont pas sombré dans l’impérialisme. Les Aborigènes ont survécu dans le désert Australien pendant 40 000 années et ont été détruits en peu d’années par les colons blancs qui ont détruit également tous les écosystèmes.

Peut-être la mission de l’humanité future et survivante sera-t-elle de ré-apprivoiser le désert?

Dominique Guillet. Le 3 mai 2007

Kokopelli, le Joueur de Flûte Enchantée dans le rêve de Gaïa

Dans les cosmogonies Amérindiennes, Kokopelli est bien sûr le Semeur, le Joueur de Flûte, mais il est aussi le Shaman, le Farceur, le Vagabond, le Troubadour, le Colporteur, le Dissident, l’Hérétique, et le Séducteur. Le Joueur de Flûte est à l’image du Grand Pan de l’antique Europe Indigène. Chez les Indiens Hopis (les Pacifiques), il n’est pas, au sens strict, identifié avec Kokopelli mais plutôt avec la Cigale. Dans leur cosmogonie, contrairement à la Fable de la Fontaine, c’est la Cigale qui est l’héroïne, celle qui guide le Peuple des Fourmis des mondes inférieurs vers la surface de la Planète. Ne peut-on discerner, dans ces deux histoires, une évocation poignante de l’antinomie entre deux cultures, d’une part la sagesse Amérindienne ludique et empreinte de révérence pour la Terre Mère et de respect pour la biosphère et, d’autre part, une société Occidentale besogneuse et “affairée” et dont les excès de besogne stérilisent la Terre en un désert, désacralisent le vivant et transforment l’intégralité de la biosphère en une poubelle génératrice de cancers?

N’y aurait-il pas en chacun de nous, l’espèce humaine, un petit Kokopelli ou une petite Kokopelli-Mana (l’archétype féminin) qui ne demande qu’à s’éveiller, qu’à hurler sa rage face à une telle destruction, qu’à proclamer son hérésie (dans le sens Grec du terme “liberté de choisir”) face à une telle normalisation et banalisation de la Terreur d’Etat, qu’à disséminer ses semences de vie, de fertilité et de créativité au coeur de la monotonie de la morne et morte pensée? Car si Kokopelli est le Semeur, c’est parce qu’il est le symbole de la Fertilité, le symbole de la Sexualité. Et si Kokopelli est le Joueur de Flûte, c’est aussi parce qu’il est le symbole de la Fertilité et de la Sexualité. Car la flûte est sans doute l’instrument le plus antique, de mémoire d’humanité: une flûte Néanderthalienne, ciselée à partir d’un fémur d’ours et datant de 53 000 ans, a été retrouvée en Slovénie. La flûte a été universellement associée à l’amour, à la séduction et à la courtoisie. Le joueur de flûte se manifeste toujours dans des contextes de fertilité, d’abondance et de pluie. Le rôle du Joueur de Flûte est primordial dans le shamanisme, dans les anciens mythes de création et dans les rites de fertilité.

Nous aurions pu, tout aussi bien, intituler cette introduction “Kokopelli, la Fertilité à la Fleur du Phallus”. Kokopelli, cet antique personnage charismatique, cet archétype de procréation, a été émasculé et stérilisé par tous les missionnaires estropiés de la joie de vivre, les grands prêtres de la bien-pensée. Le Joueur de Flûte, au phallus proéminent, a été aseptisé et relégué au rôle du semeur du Maïs et de l’Amour, de préférence platonique, un concept galvaudé par 2000 années de théologie de l’annihilation et d’inversion des valeurs. Et si nous souhaitons redonner à Kokopelli son apanage, à savoir ce phallus proéminent, ce n’est pas pour réchauffer le vieux ragoût à la sauce patriarcale car cela fait 7000 ans que la biosphère s’étiole et que l’humanité se meurt sous les assauts du patriarcat et de l’agressivité mâle. Kokopelli symbole de Vie et de Fertilité, ne serait-il pas le contre-poison de ce fruit stérile, de l’impulsion de mort générée par l’union contre nature entre des forces d’intervention extraterrestre et la manifestation de l’Anthropos sur Terre? Cette hybridité entre l’Anthropos et une altérité absente et inorganique ne serait-elle pas d’ailleurs le précurseur de cette agriculture moderne mortifère dont les chimères, hybridées, clonées ou transgéniques, ont stérilisé à jamais toutes les merveilles de la biodiversité cultivée? Ne serait-elle pas aussi l’annonciatrice de cet enlisement inexorable de la psyché humaine dans une réalité virtuelle fondée sur du silicium qui nous aliène de la communion avec les forces vitales et orgasmiques de la Nature organique qui nous a engendrés?

Cela fait 17 ans que nous luttons pour conserver le “privilège” de distribuer des semences de tomates, de courges, de laitues, etc. N’est-ce pas pathétique? Comment en est-on arrivé à l’abandon total de nos libertés les plus essentielles? La mafia semencière contre laquelle Kokopelli défend son droit d’exister, c’est cette même mafia qui contrôle la pharmacie, et qui contrôle l’agrochimie, et qui contrôle les chaînes de distribution alimentaire. Ce sont les multinationales des Sciences de la Mort qui stérilisent, qui virtualisent et qui synthétisent le Vivant. Ce dont l’humanité a besoin, ce n’est pas d’un nouveau Messie qu’il soit Noir ou Caucasien-Hongrois. L’humanité s’est fourvoyée dans une impasse écologique dont nul messie, prophète, avatar ou sage illuminé ne va l’en sortir. Il n’est nul besoin de moraliser le capitalisme mais il est par contre urgent de moraliser la morale Occidentale. Depuis l’été 2007, l’Occident a mis sur la table des milliers de milliards de dollars pour sauver les grands brigands de la finance: de quoi nourrir la totalité du Tiers-Monde pendant un ou deux siècles. En toute indécence.

Ce dont l’humanité a besoin, c’est d’un sursaut de révolte contre l’inhumanité et la démence qui imprègnent notre paradigme Occidental, d’un cri de rage à l’encontre des multinationales qui ont pris les peuples de la planète en otage, d’une confrontation avec ces mafias qui prospèrent en collusion totale avec les gouvernements des pays Occidentaux, des pays en voie d’Occidentalisation et des pays sous-Occidentalisés.

Lors de précédents communiqués, nous avons déjà lancé l’alerte vis à vis de récents décrets scélérats en Amérique du nord concernant les plantes médicinales et les compléments alimentaires. Si on laisse magouiller les puissances malfaisantes qui se cachent derrière l’infâme Codex Alimentarius, il ne faudra que quelques petites années pour que les dernières libertés dont nous jouissons soient réduites à néant, et tout cela au nom de la sacro-sainte protection du consommateur. Ce même consommateur qui se meurt de cancers, de mutations, de sous-nutrition, de maladies iatrogènes (à savoir provoquées par la médecine Occidentale)… Quelle farce immonde! D’ailleurs, les multinationales ne se cachent derrière le Codex que pour ceux qui ne veulent pas les voir: elles sont là au grand jour, dans toute leur arrogance. Elles mènent le monde, elles ont corrompu les hautes administrations, elles ont fait voter des lois scélérates, iniques, liberticides. Elles ont parfois même leur propre police ce qui est d’ailleurs un luxe car les polices et les organismes de répression des Etats sont à leur botte. Et l’inventaire des nuisances de leurs produits de synthèse ne fait que s’allonger:

– elles ont éradiqué toutes les méthodes d’agriculture biologique afin de remplacer les fertilisants organiques par des fertilisants de synthèse qui stérilisent la terre et qui génèrent une telle érosion qu’il n’y aura plus un seul gramme de terre arable sur la planète en 2050. Elles ont même réussi l’exploit de faire “certifier” l’agriculture biologique et d’en faire payer la certification par les producteurs tandis que les agriculteurs pollueurs sont subventionnés par Bruxelles!

– elles ont remplacé la quasi-totalité des anciennes variétés par des chimères brevetées qui ne peuvent fonctionner qu’avec des fertilisants de synthèse et des pesticides. Leurs lois punissent ceux qui osent donner, échanger ou commercialiser des variétés anciennes non inscrites sur les catalogues officiels.

– elles ont remplacé les pratiques paysannes ancestrales (fondées sur la diversité) par l’utilisation des pesticides synthétiques: insecticides (dérivés des gaz moutardes), herbicides, fongicides, etc. Leurs lois (par exemple, la loi d’orientation agricole de janvier 2006) prévoient de punir de 2 ans de prison et de 75 000 euros d’amende toute confection, publicité ou transmission d’informations concernant les extraits de plantes, tels que le purin d’ortie. La prêle est maintenant leur cible, le seul fongifuge naturel disponible pour les jardiniers.

– elles ont stérilisé la biodiversité naturelle des campagnes, interdisant ainsi l’accès aux plantes alimentaires sauvages qui contiennent souvent des oligoéléments que l’on ne trouve plus dans les variétés synthétiques de l’agriculture moderne ou dans les aliments synthétiques de l’agriculture chimique. Qui sait que l’ortie est l’une des plantes de la nature contenant le plus d’antioxydants?

– elles interdisent l’usage du Stevia rebaudiana, une plante sucrante d’usage plusieurs fois millénaire originaire du Paraguay, et elles ont poursuivi Guayapi Tropical qui a perdu son dernier procès en Cour de Cassation.

– elles sont en train de préparer une vaste offensive généralisée contre les plantes médicinales et les compléments alimentaires (voir par exemple les attaques contre la pharmacopée anthroposophique) et ne soyons pas naïfs, elles parachèveront cela par une éradication de toutes les médecines naturelles ou alternatives, ce qu’elles ont commencé de faire en persécutant Benveniste, Beljanski, Naessens, le Ribault… Qui se préoccupe du fait que les médicaments de synthèse constituent la troisième cause de mort aux USA?

– elles ont enfin criminalisé toutes les plantes shamaniques utilisées par l’humanité depuis des dizaines de milliers d’années: le cannabis, le peyote, l’ayahuasca, les champignons psilocybe… Elles ont favorisé l’usage de substances “naturelles” (mais néanmoins regorgeant de pesticides) sources de dépendances, l’alcool et le tabac, qui remplissent les caisses des Etats et génèrent d’innombrables problèmes de santé: combien de morts par tabagisme tous les ans, combien de morts par alcoolisme tous les ans? Elles ont remplacé les plantes shamaniques par des psychotropes de synthèse (près de 25 % des Français ne peuvent “fonctionner” qu’à l’aide de ces psychotropes) et autres drogues de synthèse que des grands laboratoires fabriquent et distribuent en toute impunité: cocaïne, héroïne, méthamphétamine, etc. N’est ce pas une troublante coïncidence que depuis que les troupes de l’Alliance Occidentale ont envahi l’Afghanistan, la production d’opium Afghan (90% de la production mondiale) n’a cessé de croître? Dans ce domaine, l’hypocrisie des Etats Occidentaux n’a pas de borne: on oublie trop aisément que les banques Occidentales ont bâti leur fortune et leur prospérité sur les deux guerres de l’opium (1839 et 1856) en obligeant la Chine à ouvrir ses ports et à laisser son peuple s’empoisonner à l’opium.

A qui profite le crime? Les peuples sont inexorablement dévastés et empoisonnés par les pesticides de synthèse, par des aliments contaminés et dénués de valeur nutritive, par des chimères génétiques hautement allergéniques, par de l’alcool frelaté ou hautement pesticidé, par du tabac farci de produits chimiques et génétiquement manipulé pour augmenter le taux de nicotine, par du sucre blanc déminéralisant, par des médicaments de synthèse qui génèrent tout autant de problèmes qu’ils en “soignent”, par des psychotropes de synthèse et des drogues dures synthétiques dont l’augmentation de la consommation est proportionnelle au mal-être grandissant de nos sociétés morbides.

A qui même profite la criminalisation du cannabis? Il semblerait que les bonnes anciennes variétés de nos grands-mères aient été éradiquées pour faire place à des variétés modernes hybridées de manière forcenée (et peut-être même génétiquement manipulées) aux taux de THC décuplé ou plus.

De quel droit les Etats Occidentaux se mêlent-ils de légiférer et de criminaliser l’accès aux richesses de la biosphère, aux dons de la Terre Mère? Qu’attendent les peuples pour se révolter contre l’interdiction de concocter un extrait d’ortie ou de prêle pour soigner les légumes de leur jardin, contre l’interdiction de sucrer leur tisane avec du Stevia, contre l’interdiction de cueillir des champignons dans les prés à l’automne, contre l’interdiction de donner ou d’échanger des anciennes variétés de blés, de tomates, de maïs ou de courges? Nous exigeons un accès libre à toutes les richesses de la biosphère Gaïenne, à tous les dons de la Terre Mère. Maintenant. Et sans exception.

L’humanité est maintenant confrontée à un choix décisif: sombrer dans un esclavagisme chimique de synthèse, virtuel et artificiel (le véritable “enfer de la drogue”) ou se révolter pour recouvrer son droit inaliénable d’avoir recours aux plantes sauvages, aux plantes médicinales, aux plantes shamaniques et aux plantes alimentaires, le fruit de milliers d’années de co-évolution avec la biosphère. De ce choix dépend la survie de l’humanité, et d’une grande partie de la biosphère. Quant à Gaïa, une perle bleue sertie dans un univers de 135 milliards de galaxies, elle en a vu d’autres en 4350 millions d’années!

Et pour clore sur une mélodie de flûte plus cosmique, nous aurions pu, tout aussi bien, intituler cette introduction “Kokopelli, la Fertilité à Fleur d’Antennes”. Car la science Occidentale n’a pas encore commencé à percer le mystère des antennes des insectes qui sont de puissants résonateurs, à l’image de l’entièreté de la terre, de l’humus, qui résonne puissamment avec les forces du cosmos (à condition qu’elle ne soit pas biologiquement stérile). Le symbole de Kokopelli, avec sa bosse, n’est pas sans évoquer l’abeille avec ses antennes extrêmement sensibles et son butin de pollen. Que savons-nous réellement du rôle de l’Abeille dans les desseins de Gaïa? Pourquoi l’Abeille est-elle en train de déserter l’humanité?

Les antennes de Kokopelli, ce sont ses organes de résonnance Gaïenne. Et le Joueur de Flûte est souvent aussi celui qui ouvre les portes vers l’autre monde, vers l’autre dimension. Vers le Rêve de Gaïa? Les Aborigènes ont vécu pendant 40 000 ans dans les déserts de l’Australie, à l’écoute du Temps de Rêve, en synergie totale avec leur environnement, avec leur biosphère. Selon John Lash “La croyance indigène selon laquelle le rôle de l’humanité est de se souvenir des événements du Rêve pour toutes les créatures est en phase avec la suggestion présentée dans le Mythe de Gaïa: à savoir, que l’espèce humaine active un circuit de mémoire pour Gaïa.” Est-il encore temps pour l’Occident de se reconnecter à la source du Rêve, de co-évoluer avec Gaïa, la Terre-Mère? Ne serait-il pas sage d’accorder à la Biosphère une Trêve? Ne serait-ce pas une question vitale de Trêve ou de Crève? Ne serait-ce pas urgent de resemer la Vie au coeur de l’Extinction Planétaire pour préparer le terrain aux Tribus du Futur?

Dominique Guillet – Novembre 2008

Crater Lake: l’un de mes paysages botanistes préférés dans le sud de l’Oregon. Photo de Xochi

La Rage au Coeur, l’Amour à l’Ame

Sur le point d’initier la neuvième septaine de mon chemin sur cette petite planète Terre, un joyau bleu voguant dans un océan infini de centaines de milliards de galaxies, je ne peux m’empêcher de hurler ma rage. Il ne m’est pas habituel de m’épancher sur des épisodes de vie qui, au regard de l’infinitude, ne sont que de simples épiphénomènes et la partie de “moi-même” (avec toute l’incertitude quantique que recouvre ce vocable) qui médite sur le processus de désincarnation ne peut que se détacher des ignominies que l’homme occidental fait endurer à la Biosphère: Gaïa en a vu bien d’autres, en quelque 4350 millions d’années, et ses capacités auto-poétiques et facultés de régénération dépassent sûrement, de loin, l’entendement humain.

Mais la partie de moi-même qui a vécu son enfance au coeur de la misère ouvrière et des ravages éthyliques de Saint-Nazaire, qui a vécu Mai 68 comme une occasion de plus pour les CRS de se déployer dans une ville de chantiers navals aux révoltes incessantes, qui a créé le premier comité de soutien aux objecteurs de conscience en 1973 dans la Mayenne, qui est passée en jugement au Tribunal de Grenoble en tant qu’objecteur de conscience insoumis à l’ONF, qui a eu peur au milieu des maïs durant la dernière manifestation contre le surgénérateur de Malville, en 1977, alors que les grenades offensives volaient, qui dans sa jeunesse a toujours considéré le bon vieux chanvre du Néolithique comme une filière d’avenir pour la civilisation post-historique émergente, qui dans cette même jeunesse a joué des milliers de parties métaphysiques de Go dans le désintérêt le plus total de cette société mercantile et mortifère, qui a tout fait pour éviter à ses enfants les sévices de l’éducastration homologuée, qui a lutté 17 ans pour avoir le droit de distribuer des semences de tomates; cette partie de moi-même HURLE SA RAGE.

La rage aux tripes, la rage au coeur. Et les mous-tièdes de lever les bras au ciel en prônant les valeurs non-violentes de la tolérance! Que peut faire un tolérant face à un intolérant? Le tolérant qui tolère l’intolérance est un tolérant mort, physiquement ou culturellement ou spirituellement: tous les peuples Indigènes, Animistes et Païens l’ont appris à leurs dépens. Il est vrai que dans l’exemple récent de l’extermination en masse des Amérindiens, l’arc ne peut que peu face aux fusils-mitrailleurs. Et comme le décrit si bien Roger Heim, l’épuration ethnique fit rapidement place à l’érosion des sols et à la désertification. Ce sont les effets collatéraux du même paradigme: la théologie de l’annihilation.

Alors qu’il est encore des Grenelleux non repentis pour se pâmer devant quelques miettes qu’on leur a jetées en pâture, alors que les culs-bénis de la pensée positive s’extasient devant la prise de conscience écologique qui monte, qui monte, qui monte (et qui fait des petits chatouillis au Capitalisme!), et bien la Biosphère se meurt et crève même et crève encore. Peut-on réellement faire l’économie de l’analyse de quatre décennies de combat depuis Mai 68?

Cela fait longtemps que nous évoquons le spectre d’un gouvernement mondial et pour cela, nous fûmes qualifiés de fantaisistes, de paranoïaques, d’exaltés, etc. Et le Nouvel Ordre Mondial, dont personne auparavant ne prononçait publiquement le trinôme fatal, est maintenant dans la bouche de tous ceux qui sont en contrôle des pays occidentaux, ou qui prétendent l’être (et parfois même des pays en voie d’occidentalisation): les experts agités en illusions, en double-langage, et en inversion des valeurs, dont l’incohérence des discours est à la mesure de leur inféodation aux puissances économiques et financières. Le Nouvel Ordre Mondial, la marque déposée du “Capitalisme social”, est prôné comme LA solution à la “crise planétaire”.

Le Nouvel Ordre Mondial Financier, tout d’abord, qui va remédier à la crise que les bandits de la finance ont sans doute eux-mêmes provoquée et qui se traduit par le plus grand hold-up de l’histoire de l’humanité: en l’espace de deux années, les Etats occidentaux ont mis sur la table de festin des institutions financières de quoi nourrir les affamés du Tiers-Monde pendant deux siècles. Le Nouvel Ordre Mondial Agricole, ensuite, prôné par des organisations telles que le MOMA, nous promet une nouvelle “Alliance globale pour l’agriculture, la sécurité alimentaire et la nutrition”: de la soupe mal réchauffée qui se passe de tout commentaire. Et quant au Nouvel Ordre Mondial de la Gouvernance, il n’est que de tirer les leçons de cette Communauté Européenne qui n’a de communauté que le nom et qui, loin d’être l’Europe des Peuples, n’est que l’Europe des Lobbies, le repaire d’une poignée de technocrates qui sont payés grassement pour pondre des milliers de directives, dictées par les multinationales, qui nous pourrissent la Vie et qui n’ont pour finalité que de détruire ce qui est petit au profit de ce qui est gros, très gros et qui veut devenir encore plus gros.

Que penser de l’affirmation, le 8 décembre 2008, de l’éditorialiste du Financial Times, Gideon Rachman: «La gouvernance internationale ne tend à être efficace que lorsqu’elle est anti-démocratique.» Et que penser de l’assertion récente (voeux au corps diplomatique du 16 janvier 2009) proférée par le représentant élu du peuple français: «Nous irons ensemble vers le Nouvel Ordre Mondial, et personne, je dis bien personne ne pourra s’y opposer.» Sans plaisanter! Est-ce une menace? Les Autorités prévoient-elles d’avoir recours à la technique du gavage pour faire avaler de force aux récalcitrants leur nouvel ordre chéri? Ou à la technique de l’emprisonnement forcené comme dans le cas des Jeunes de Tarnac?

Mes récentes prises de position insurgées quant à l’injustice de telles procédures m’ont valu quelques courriers, très peu d’ailleurs, d’âmes timorées et bien-pensantes s’offusquant que je pervertisse la vocation intrinsèque de Kokopelli de commercialiser des “produits à l’ancienne”! Mais non, la finalité de Kokopelli n’est pas de collectionner des timbres ou même des semences d’ailleurs, bien douillettes dans des congélateurs, en attendant le Déluge! Et s’il est vrai que Kokopelli, chez les peuples premiers, est parfois le Colporteur, celui qui “porte sur le cou”, ce n’est pas le joug de l’opprimé qu’il porte: Kokopelli est avant tout l’Insurgé, le Dissident, l’Hérétique, le Troubadour, l’Objecteur en Semences.

Je dois avouer que l’une de mes frayeurs, que d’aucuns qualifieraient sans doute “d’anarcho-autonome”, c’est que l’Association Kokopelli ne grandisse au-delà du seuil fatal auquel toute organisation se retourne contre les fondements mêmes pour lesquels elle a été générée. En cela, comme en beaucoup de domaines, Ivan Illich, qui fut l’une de mes inspirations durant les années 70, avait vu juste et c’est pour cela que son centre de Cuernavaca au Mexique s’auto-saborda au bout d’un certain temps de fonctionnement. La forme, en effet, généralement, ne cherche qu’à se pérenniser, envers et contre tout, et aux dépens de ses propres fondements. Au vu du spectacle affligeant de ces institutionnels de la contestation qui se sont vautrés dans le grenelle de l’environnement, on en vient à se demander si certaines ONGs ne constituent pas tout simplement l’autre revers de la médaille: je t’aime, je te hais, frères ennemis unis dans le même fond de commerce.

La vocation de l’Association Kokopelli est de disparaître, mais non pas sous les coups de la mafia semencière, mais organiquement, de par l’autonomisation semencière des jardiniers. C’est l’autonomie que nous souhaitons promouvoir et elle sera d’ailleurs au coeur de notre prochaine campagne “Lutins, Mutins, dans les Jardins. Création variétale et convivialité”.

Alors, décidément non, Monsieur le Président, nous n’irons pas ensemble vers le Nouvel Ordre Mondial. J’objecte. Et si vous tentez, dans un ultime sursaut de désespoir, de nous imposer par la force ce nouvel/ancien système d’asservissement des peuples, je serai de nouveau Objecteur de Conscience. Et de nouveau insoumis. Et mon intuition féminine me chuchote aux antennes que beaucoup s’insoumettront et que vous sentirez peut-être bien seul sur le chemin.

Ce n’est, en tout cas, pas le propos de cet avant-propos de présenter des stratégies pour lutter contre ce “nouvel” ancien avatar pseudo-planétaire, le “NOM”, cette appellation trinômique que les générations futures qualifieront certainement d’anomalie trisomique du capitalisme décadent. Les stratégies concrètes des Tribus du Futur, qui sont en train d’émerger, elles se les bâtiront elles-mêmes.

J’ai parfois le pressentiment que la Toile pourrait se désintégrer au gré de quelque tempête magnétique solaire ou au gré des caprices de quelque dictature de la morne et morte pensée et je rassemble donc assidûment des livres. Je suis un bibliophile invétéré et si je puis encore évoquer les miracles de l’écriture prophétique, (ou prétendue telle d’ailleurs, car certains se réfugient dans les noces de Cana et d’autres, plutôt deux fois qu’une, dans les noces de Cannabis, à chacun ses rituels!) je souhaiterais partager mon ravissement et mon enthousiasme conjoints (au sens de “feu sacré”) pour quelques écrivains préscients, en particulier dans le domaine de la science-fiction ou de l’écologie-fiction. Deux auteurs de ce genre de littérature m’ont profondément marqué. Ce fut tout d’abord Frank Herbert, très connu pour son épopée de Dune et un peu moins connu pour son Cycle du Programme Conscience. L’allégorie de la Planète Dune et des grands vers producteurs d’épice m’a beaucoup charmé et je m’en explique dans mon article Planète Terre, Planète Désert, en fin de cet ouvrage, eu égard à la désertification totale de notre belle planète et à l’éradication quasi totale des vers de terre, vecteurs par excellence de la fertilité. Eu égard à l’épice, les temps ne sont pas mûrs!

Un autre de mes auteurs préférés fut John Brunner et on ne peut qu’admirer la lucidité dont il fit preuve dans les quatre ouvrages, rédigés entre 1968 et 1975, qui constituent une grande fresque prospective de la vie du début du 21 ème siècle. Cette quadrilogie visionnaire se décline comme suit:

– Tous à Zanzibar (1968) porte sur la surpopulation et les désastres afférents des guerres et des famines et des législations eugéniques. Nous sommes en 2010 et les milliards d’humains sont entassés sur une petite île. Cette allégorie n’est pas sans évoquer les propos de Roger Heim quant à l’humanité de l’an 2000 qui s’entassera dans des fourmilières, foyers de psychoses, de dépressions, etc. Ce thème de la surpopulation est évidemment un thème très sensible: la surpopulation contre laquelle il faille lutter, c’est avant tout celle des peuples Occidentaux, grands destructeurs de la Biosphère. Nous avons pu prouver que nos méthodes d’agro-écologie peuvent nourrir jusqu’à 20/25 personnes par hectare et par an, en régime végétarien, et en climat tropical ou sub-tropical; ce qui signifie que l’Inde, sur ses 150 millions d’hectares de terre arable, et avec de l’eau, pourrait nourrir au moins 3 milliards de personnes. Pierre Rabhi a toujours affirmé que l’Afrique est un continent sous-peuplé. L’allégorie de la petite île débordant de milliards d’individus nous semble plus intéressante au regard des surfaces de terre arable qui se rétrécissent au fil des années, une île de verdure au milieu des déserts, une oasis de fertilité qui s’évanouira, comme un mirage, vers 2050, lorsque le dernier gramme d’humus aura été érodé.

– L’Orbite déchiquetée (1969), met en jeu la coalition du complexe militaro-industriel et de la Mafia. C’est la destruction de toute vie sociale et de la société dite civile. Ce qu’on pouvait (à peine) considérer comme de la prospective en 1969 ne l’est plus du tout. Big Brother est aux commandes. Les cartels de la chimie, du pétrole, de l’agrochimie, de la pharmacie et de l’agro-alimentaire ont pris tous les peuples en otages. C’est le Nouvel Ordre Pharmaco-Alimentaire que l’on nous prépare avec le Codex Alimentarius que les dictateurs du complexe militaro-industriel mijotent pour la fin 2009; c’est demain. Suivons à la trace les agissements de la clique qui nous impose le Codex Alimentarius, l’ennemi de tous les peuples.

 Le Troupeau aveugle (1972) est le chef d’oeuvre de l’écologie-fiction. C’était pour l’époque un ouvrage d’un pessimisme terrifiant, le plus dramatique de tout ce genre littéraire quant à ses descriptions poignantes de la pollution et de la destruction de l’environnement. 1972 est l’année de publication de “L’Angoisse de l’an 2000” de Roger Heim, et de la création de la revue “la Gueule Ouverte”, “le Journal qui annonce la fin du monde”. Le titre anglais The Sheep look up est emprunté au vers 125 du poème Lycidas de John Milton: «Les brebis affamées lèvent la tête (et ne sont point nourries)». L’humanité se meurt soit de faim, soit de cancers provoqués par la pollution alimentaire et environnementale. John Brunner n’a pas vu venir, il est vrai, la pollution nucléaire généralisée et les délires des chimères génétiques: les cerises empoisonnées sur le gâteau toxique, excusons-le du peu. Le logo de cette fin de civilisation occidentale ne pourrait-il pas être: “Prière de respecter les pelouses en béton et de jeter proprement vos déchets dans la Biosphère”.

– Sur l’Onde de choc (1975) décrit un monde dans les frénésies de l’explosion des technologies de l’information, des réseaux câblés, et soumis à la dictature des médias. L’ouvrage de Brunner, de plus, met en jeu un informaticien de génie (un Robin des Toiles) qui redonne les réseaux aux peuples en ouvrant l’accès aux bases de données. Nous y sommes, en plein coeur: une douzaine de multinationales contrôlent actuellement tous les organes médiatiques et ces multinationales sont, nul besoin de le préciser, très intimes avec les Autorités en contrôle. L’ouvrage fut publié un an avant la création du premier ordinateur personnel d’Apple et plusieurs années avant le lancement de l’Internet et avant la création du concept de cyber-espace. A lire et à relire au moment où certains monopoles se sont mis en action pour subtiliser la Toile aux peuples, d’ici 2012, afin de préparer un Nouvel Ordre Mondial de la communication, encadré, filtré et épuré, à la botte des dictatures.

Si la lecture de ces ouvrages peut s’avérer déconcertante, pour ne pas dire déprimante, elle n’est pas, cependant, sans convier quelques lueurs d’espoirs dans son évocation des guérillas, des insoumissions, des dissidences, des insurrections, des grains de sable dans les rouages de la machine à broyer de la chair et de la psyché humaines. On serait tenté d’en inférer un axiome de stratégie à l’usage des générations et mouvements présents et à venir, dans leur lutte contre les tyrannies de l’Ancien Ordre Mondial, déguisé en Nouvel Ordre Mondial: ne jamais concentrer la totalité de ses forces sur le terrain de l’adversaire et garder l’initiative.

Car ne faut-il pas, par exemple, tirer les leçons de la lutte contre les chimères génétiques? Pendant quinze années, ce fut le front principal sur lequel se sont concentrées la majeure partie des “énergies militantes”. Et, pendant ce temps-là, tranquillement, ouvertement, et sans états d’âme, les multinationales (celles-là même qui fabriquent les chimères génétiques et autres clones) ont tout encerclé et ont partout semé leur désolation: destruction de la diversité, artificialisation des nutriments et des thérapies, désertification des sols et cancérisation de l’humanité et de la biosphère par les pesticides. Sans que personne ne bronche, ou presque.

La verve et l’innovation linguistiques propres à cette quadrilogie de John Brunner nous inviteraient même à un second axiome: décrypter le langage de l’adversaire et contrer sa novlangue perverse (novlangue dans le sens exclusif d’un double langage) par une création linguistique permanente et festive. Dans la sphère de l’agriculture, qui nous concerne en premier lieu, Jean-Pierre Berlan n’a eu de cesse, depuis de nombreuses années, de dénoncer l’impasse vers laquelle nous mène notre acceptation aveugle d’un langage agricole perverti et qui est le fondement même d’un paradigme agricole biocidaire. Les multinationales de la vie, comme elles s’autoproclament, puent la mort et la destruction.

Le Nouvel Ordre Mondial n’est pas nouveau. Ce n’est que l’aboutissement terminal d’un système autoritaire, dominateur, patriarcal, mortifère, dément et inhumain; c’est un système sclérosé non ouvert aux forces de régénération de la vie et, comme tel, voué à la mort par épuisement des forces, épuisement des ressources, épuisement des âmes. Nous assistons aux derniers soubresauts d’un système qui cherche un semblant de survie dans sa globalisation à l’échelle de la planète. La mondialisation constitue sa dernière “frontière” au-delà de laquelle il va imploser. La mondialisation sera son tombeau.

Atari. Le système patriarcal des dominateurs est en train de perdre la partie. Puis-je me permettre, en effet, de comparer le jeu de co-évolution en Gaïa avec le jeu de Go Tibétain-Chinois que l’on pourrait presque qualifier de Go-évolution. Car la finalité au Go n’est pas de gagner mais de jouer avec élégance, d’évoluer avec grâce sur le goban. La finalité n’est pas de gloutonner tout le territoire, mais de le partager avec l’Altérité. Toutes les pierres (noires et blanches) sont à égalité sur le goban et elles sont toutes en inter-relations.

Dans la Biosphère de Gaïa, tous les éléments sont à égalité, les bactéries, les champignons, les plantes, les animaux, les hommes. Et ils sont tous en inter-relation. Et si John Lash a raison de dire que: «le problème qui est spécifique à l’humanité est d’avoir produit une société globale qui fonctionne à l’encontre des meilleurs intérêts de notre propre espèce, pour ne pas mentionner ceux de la myriade des autres espèces au sein de l’environnement planétaire», cela veut dire qu’il nous faut de nouveau apprendre à partager le territoire avec ces myriades d’espèces. Sinon, comme l’écrivait Roger Heim: «quand la Nature aura passé, l’homme la suivra». Et ce n’est pas d’une prise de conscience écologique dont l’humanité a besoin si elle veut échapper à ce cercle vicieux de perpétrateurs et de victimes, à cet abîme de démence et d’inhumanité. Sa survie est strictement dépendante d’un changement radical de paradigme. La “conscience écologique” n’est que l’ultime convulsion d’un paradigme occidental agonisant et qui fait agoniser la Biosphère. La “conscience écologique” n’existe pas chez les peuples premiers, du moins pas en tant qu’état dissocié de l’être.

Je suis intimement convaincu que la rage que j’éprouve dans le coeur, beaucoup d’autres êtres humains l’éprouvent également dans leur coeur. Et cette rage va s’amplifier, va se dynamiser, va s’exponentialiser à l’image du ferment dans la pâte, à l’image de la lave qui s’accumule avant l’apothéose de l’éruption finale. Nos coeurs sont tels des volcans qui ne demandent qu’à se libérer. Et à tous les mous-tièdes qui prétendent encore qu’une “troisième voie” serait possible entre la rage et la non-rage, je dirais qu’il n’existe pas de troisième voie entre la liberté et l’esclavage. Une semi-liberté, ou liberté sous surveillance, n’est qu’une forme d’esclavage.

Et qu’en est-il de la rage de Gaïa, de son courroux? L’Etre Planétaire va-t-elle laisser une poignée de déments anéantir l’intégralité de sa Biosphère? Le proche avenir seul nous le dira mais il est plus que clair que la civilisation patriarcale occidentale, des hauteurs arrogantes de ses quelques milliers d’années d’existence, (si tant est que l’on puisse qualifier d’existence ce marécage métaphysique dans lequel elle s’est enlisée), n’est qu’une vaguelette dans l’océan bouillonnant de vie de Gaïa, une vaguelette, poussée par une autre vaguelette, qui viendra s’échouer sur les rivages de la Vie. Que sont ces quelques milliers d’années au regard de la prédominance des dinosaures pendant quelque 160 millions d’années, au regard d’un million d’années, pour le moins, de vie de l’Anthropos sur la Planète? Un petit peu d’écume.

Il reste que si Gaïa a fait émerger l’Anthropos de sa matrice, ce n’est sûrement pas sans une finalité, sans un “telos”. La rage au coeur, la Rage qui Vient, ne peut être dissociée de l’amour à l’âme. Car sans amour, la rage s’égare. Il nous faut rendre hommage à la Beauté, nous secouer de la torpeur dans laquelle une erreur fatale a plongé l’humanité depuis des milliers d’années, il nous faut recouvrer les yeux de l’amour pour l’Univers, pour l’Etre planétaire, pour l’intégralité de la Biosphère, pour l’Humain.

Ce n’est qu’ainsi que notre rage intérieure pourra, en toute fertilité, monter à l’assaut des citadelles des dictatures, des multinationales des sciences de la mort, des Codex Alimentarius, des clowneries politiques et autres cloneries chimériques, des arrogances et des impostures de ceux qui se prétendent être les médiateurs entre l’Altérité cosmique et l’Humanité.

Afin de recouvrer les voies de la co-évolution avec Gaïa.

Dominique Guillet. 8 février 2009

Lutins, Mutins, dans les Jardins Polleniseurs, Humuseurs et Convivialité

Titanic Agricole

Nous sommes tous les réfugiés d’une immense catastrophe écologique d’amplitude planétaire dont les déferlantes mettent la biosphère à l’agonie, inexorablement: désertification, érosion des sols, déforestation, perte de la biodiversité, raréfaction de l’eau douce, pollution des nappes phréatiques, archi-contamination des organismes humains et animaux par les polluants chimiques, etc, etc. Le Titanic Agricole est en train de sombrer et il entraîne toute la biosphère dans son naufrage.

Eu égard au fait que:

– l’agro-chimie a empoisonné les sols, les eaux, l’air et les aliments issus de son agriculture mortifère; laquelle agriculture mortifère fait la fortune des multinationales de la chimie. Avec la complicité des Etats Occidentaux.

– l’agro-chimie a confisqué le vivant (brevets, biopiratage, vol des ressources génétiques cloisonnées dans des “banques” de semences non accessibles aux peuples); laquelle confiscation fait la fortune des multinationales de la semence. Avec la complicité des Etats Occidentaux.

– toute la recherche agronomique, depuis un siècle, a été orientée vers la création de marchés captifs (hybrides F1, clones et chimères transgéniques), vers la promotion de l’agriculture de synthèse (avec des variétés ne “fonctionnant” qu’avec le “package” des intrants de la chimie), vers la promotion de systèmes d’irrigation intensive et surtout vers la création, depuis 1905, de variétés agricoles hautement susceptibles, à dessein, à de nombreuses pathologies (voir les travaux de l’agronome Canadien Raoul Robinson “Return to Resistance”); lesquelles variétés débiles font la fortune de la mafia des pesticideurs. Avec la complicité des Etats Occidentaux et des organismes de “recherche publique” tels que l’INRA (si l’on considère, du moins, les directives qui ont présidé à ses activités depuis sa création car il existe, bien sûr, une minorité d’insoumis dans toutes les structures, fussent-elles d’Etat).

– la grande majorité des variétés agricoles modernes pompeuses d’eau, pompeuses d’intrants de synthèse, et pompeuses de pesticides, produisent non seulement des aliments toxiques (qui, générant cancers et autres pathologies, font la fortune des industries pharmaceutiques) mais aussi, de par une sélection variétale inconsidérée, produisent des aliments déficients en éléments nutritionnels; lesquelles variétés déficientes, par ricochet, engendrent la fortune des industries de compléments alimentaires qui, sous l’égide du Codex Alimentarius, vont se retrouver sous la coupe des multinationales de la pharmacie, “protection” du consommateur oblige. D’où l’équation: agronomie moderne= malnutrition + poison. Pour plus d’informations voir, par exemple, l’étude réalisée par l’USDA et l’Université du Texas, portant sur plusieurs décennies et 43 espèces potagères.

– le machiavélisme des multinationales de la semence va jusqu’à proposer des variétés résistantes au “réchauffement climatique”, aux bouleversements du même acabit et à la sécheresse après avoir détruit ou confisqué la grande majorité des ressources génétiques traditionnelles et résilientes. (Les “agronomes” après avoir réalisé la prouesse de transformer le maïs, plante C 4 et résistante à la sécheresse, en une chimère assoiffée d’eau qui en nécessite de 1000 à 1500 litres pour produire 1 kilo de grain sec, nous proposent leur nouvelles variétés trafiquées pour résister, prétendument, à la raréfaction de l’eau!).

– l’agriculture biologique est officiellement et légalement contaminée par les chimères génétiques.

– malgré les “promesses” de l’Etat (une pratique politique permettant aux démocraties déliquescentes de perdurer pendant des dizaines d’années) pour limiter les pesticides dans l’agriculture, tout est fait pour ne rien faire et cela fait des années que le cirque perdure: les extraits fermentés ne sont toujours pas “libérés” à l’usage des jardiniers (ou des paysans d’ailleurs).

– les premières vagues des tsunamis alimentaires sont déjà là, en train de remodeler les territoires et de provoquer encore plus de souffrances.

– ce sont les mêmes multinationales qui contrôlent la semence, l’agro-chimie, les pesticides, la pharmacie, les compléments alimentaires…

– il aura fallu à la société Occidentale deux siècles, seulement, d’agriculture intensive et d’industrialisation pour saccager la biosphère.

Des petits Kokopellis à l’assaut du Nécro-Codex

Le Codex Alimentarius, que les multinationales de la chimie, de la pharmacie et de l’agro-alimentaire nous mijotent depuis des dizaines d’années, est presqu’à point. Et personne ne soulève une quelconque objection! Inspirés par notre mentor Jean-Pierre Berlan, nous avions osé, au printemps 2007, le néologisme “nécro-carburant” qui avait alors abondamment circulé sur la toile, pour caractériser la gigantesque arnaque des agro-carburants. En ce printemps 2009, pouvons-nous oser le néologisme “Nécro-Codex”? Car c’est bien de cela qu’il s’agit: c’est un Codex Mortiferus et non point Alimentarius, qui va sonner le glas des quelques dernières libertés que les maîtres des multinationales ont laissées à leurs peuples esclaves. Et les lutins mutins de nous souffler à l’oreille que ce codex pourrait se manifester sous de nombreux avatars Pan-Européens! (nous donner des berlues: un berluscodex, susurre un petit lutin latin; générer un Système d’Asservissement des Races: un …, chuchote un autre lutin très mutin, censuré; et pourquoi pas un Kokodex, s’exclame un lutin hutin!).

L’entonnoir qui fut le symbole de la démence d’une certaine gouvernance durant les années mutines de l’ancêtre Grenelle, ne pourrait-il pas être le symbole du “Nécro-Codex”? L’entonnoir génétique, tout d’abord, symbole du rétrécissement génétique des espèces alimentaires et de la diversité variétale au sein des espèces, et l’entonnoir à gavage, ensuite, symbole du mépris affiché des multinationales vis à vis des peuples qu’ils empoisonnent avec de la nourriture frelatée génératrice d’obésité épidémique.

Le Codex Alimentarius est le système qui va nous pourrir la Vie à la solde de leur ancien Nouvel Ordre Mondial, de leur nouvelle “Alliance globale pour l’agriculture, la sécurité alimentaire et la nutrition” (prônée par le MOMA, et autres groupuscules du terrorisme alimentaire) et de leur “New Deal Ecologique Mondial” prôné par l’ONU, le “machin” à la solde des grandes puissances dont l’impuissance à limiter les bombes, que les populations civiles se prennent sur la tête, sera sûrement à la mesure de son impuissance à limiter les Autorités dans leur inclination à imposer, aux peuples, un nouveau totalitarisme mondial, fût-il écologique.

Mutins, Lutins, dans les Jardin

Les chasseurs-cueilleurs ont vécu sur cette planète pendant un million d’années, (et peut-être même plus, pour ce que l’on en sache).

Il existe sur cette planète des milliers et peut-être même des dizaines de milliers de plantes alimentaires et médicinales.

L’agriculture a perduré pendant 10 ou 15 000 ans, (pour ce que l’on en sache), et les paysans, les paysannes, les jardiniers et les jardinières, ont créé, à partir de ces plantes sauvages alimentaires, des centaines de milliers de variétés de blés, de maïs, de riz, de tomates, de piments, de pommes de terre, etc. Sans agronomes, sans techniciens agricoles, sans le GNIS, sans l’INRA, sans la DGAL, sans l’AFSSA, sans les Chambres d’Agriculture, sans Unigrain, sans le Crédit Agricole, sans le Cirad, sans le Cemagref, sans l’Agence Bio, etc, etc…. (il en existe des dizaines et des dizaines…).

Eu égard à tous ces faits, et dans un optimisme béat vis à vis du génie potentiel de l’humanité d’oeuvrer en co-évolution avec la Terre-Mère, l’Association Kokopelli a l’extrême plaisir, en toute coquinerie et mutinerie, de lancer sa nouvelle campagne “Lutins, Mutins, dans les Jardins. Polleniseurs, Humuseurs et Convivialité”.

C’est tout un programme, nous en convenons, mais après 17 ans de dur labeur, d’embûches, de tracasseries, de procès, le moment est venu pour nous de promouvoir du jardinage ludique. Et chez certains peuples premiers, Kokopelli, le Troubadour, le Dissident, l’Hérétique, n’est-il pas aussi le “Magister Ludi”, telle la cigale mythologique des Hopis?

L’Association Kokopelli invite donc les jardiniers, les maraîchers, les paysans (et par dizaines de milliers, pourquoi pas: plus on est de lutins, plus on rie) à se mutiner et à jouer dans les jardins. Imaginons (ainsi que nous le suggérait un jour un petit lutin des Editions du Souffle d’Or) ce qu’il adviendrait du discours de certaine gente politique dont les individus composant les audiences, un par un, éclateraient de rire à gorge déployée et quitteraient la salle en toute hilarité. Laissons cette gente, en effet, à ses berludondaines!

Très belle image que cette insoumission festive.

– Les Autorités interdisent les variétés anciennes: disséminons-les par le don et l’échange.

– Les Autorités interdisent certaines plantes médicinales: faisons-les croître dans les jardins.

– Les Autorités interdisent les extraits fermentés, ou toute information les concernant: faisons circuler les recettes dans tous les foyers et faisons circuler les ressources génétiques (consoudes, orties, prêles…) nécessaires à leur élaboration.

Les Autorités, et leurs polices végétales, n’auront jamais la capacité de contrôler, de légiférer, de codifier, d’espionner des dizaines de milliers de jardins et autant de lutins à l’humus facétieux.

Disséminons des mutineries ludiques dans tous les jardins. Multiplions les territoires d’insoumission. Faites l’Humus et pas la guerre!! Face à la grisaille de la mitraille verbale des bouffons pathétiques, soyons des Humuseurs fertiles, colorés et biodiversifiés.

D’ailleurs, n’est-ce pas ce qu’évoque notre ami poète, agro-écologiste et vice-président de Kokopelli, Pierre Rabhi, lorsqu’il imagine des “Oasis en tous lieux” inspirées par “l’Insurrection des Consciences”?

– C’est dans cet esprit que nous avons décidé d’inviter Tom Wagner en France, un créateur génial de centaines de variétés de tomates et de pommes de terre, afin d’animer un cycle de formations (et de distribuer des ressources génétiques à un très vaste réseau).

– C’est dans cet esprit que nous souhaitons disséminer des variétés de céréales annuelles et introduire, même, des variétés de céréales vivaces, dont la pérennité et la résilience en font des plantes de biomasse par excellence, à l’usage de la fertilité humique.

– C’est dans cet esprit que nous souhaitons introduire des tubercules andins et autres plantes amérindiennes sur lesquelles des amateurs passionnés travaillent depuis des dizaines d’années.

– C’est dans cet esprit que nous souhaitons promouvoir les recherches de ceux que l’on appelle en Anglais des “free-breeders”, qui oeuvrent dans le domaine public au service de la nutrition et de l’autonomie.

Par manque de terme adéquat en Français, l’Association Kokopelli propose de traduire le concept de “free-breeders” par “polleniseurs” ou par “pollinnovateurs”. Le terme “obtenteur” nous paraît entaché, en effet, de toute une connotation terroriste-légaliste (upov-molotov et compagnie) et surtout de l’arrogance de l’agronomie moderne qui prétend faire cracher à la Nature ce qu’elle n’a pas envie de donner de bon coeur.

D’aucuns nous rétorqueront peut-être, que “lutins, mutins, pollinnovateurs, humuseurs, et autres Kokopolleniseurs”, cela ne fait pas très sérieux. Sans doute les mêmes qui nous dirent, il y a plus de dix ans, que “Kokopelli”, cela faisait Italien, poétique, métaphysique et tutti quanti.

Magnifique: c’est bien, en effet, tout ce que nous demandons aux Autorités, c’est de ne pas nous prendre très au sérieux. Nous voulons juste jouer avec les vers de terre, les petites abeilles, le pollen des fleurs de tomates et de pommes de terre, avec le vent, les orties qui piquent et les lutins qui se cachent dessous les champignons …

Des petits lutins clandestins, qui préparent les destins des clans et plantes à venir, des Tribus du Futur.

Mutins ou Mutants, c’est aux peuples de choisir. Maintenant.

Dominique Guillet. 18 février 2009

Pour Victor Jara

Le 11 septembre 1973, un autre 9/11, le Président Salvador Allende, démocratiquement élu au Chili, est renversé et assassiné par la clique de psychopathes à la solde de Pinochet et de la CIA. Le 16 septembre 1973, le poète et chanteur Victor Jara est criblé de balles, au Stade de Santiago de Chile, après avoir été torturé et après qu’on lui eut brisé les mains, quelques jours avant l’anniversaire de ses 41 ans.

L’introduction de cette “Edition 2012” de “Semences de Kokopelli”, je la dédie ainsi à Victor Jara, le chanteur mystique qui aviva ma flamme révolutionnaire, et mon volcan libertaire, lorsque j’avais 20 ans.

«En tu cuerpo flor de fuego / tienes paloma / un temblor de primaveras, palomitay /un volcán corre en tus venas».

Il fut l’un des plus beaux fleurons de cette constellation de chanteuses et de chanteurs, Violeta Parra, Quilapayun, Inti Illimani, et tant d’autres, qui luttèrent pour libérer les terres de l’Amérique Latine de l’emprise, vieille d’un demi-millénaire, du Génocide Occidental. Aujourd’hui, ne nous leurrons pas, ce génocide, le fruit pourri de plus de deux mille années de patriarcat et de monothéisme, perdure. Les sols de l’Argentine et du Brésil sont irrémédiablement brûlés par le glyphosate de Monsanto, les forêts de l’Amazonie sont abattues pour faire place au soja transgénique de la mafia (pour nourrir le bétail de l’Europe et les poulets de la Chine). Quant au génocide humain, il perdure dramatiquement à ce jour: les multinationales de l’eau n’hésitent pas à massacrer les Mapuches dans le sud du Chili pour leur voler leurs ressources aquifères tandis que les milices de Syngenta exproprient et tuent au Paraguay. En début novembre, au Pérou, une quinzaine de curanderos, des shamans de lignage ancestral, ont été assassinés par les dévots d’une église évangélique… La Théologie de l’Annihilation, ad nauseam.

Je ne m’étendrai pas – je ne m’étendrai plus – sur le Génocide Occidental: vers la mi-juillet 2011, j’ai pris la décision intérieure de ne plus analyser ni investiguer le massacre permanent de la biosphère mis en oeuvre maléfique par la clique démente et inhumaine qui a pris tous les Peuples de la Planète en otages. Je ne suis jamais retourné sur le web, depuis lors – et je n’y retournerai plus – sauf pour la gestion quotidienne de mes courriers électroniques et des autres vicissitudes de cette vie moderne qui nous oblige à passer sous les fourches caudines de sa réalité virtuelle. Pour combien de temps encore?Ma dernière livraison de l’analyse du Génocide Occidental fut mon article, présenté à la fin de cet ouvrage, sur la contamination radioactive de toute la chaîne alimentaire planétaire en 2012, générée par Fukushima, et sur la troisième guerre mondiale radioactive initiée en août 1945 au Japon. Hiroshima-Nagasaki/Fukushima, deux fois 33 années, la boucle est bouclée et le Japon se meurt. Fukushima, c’est la cerise empoisonnée sur le gâteau toxique “nucléaire” Occidental, une cerise d’amplitude planétaire, un événement d’extinction.

Ce sont ainsi 66 années de guerre à l’encontre du système immunitaire de l’humanité, et de la gent animale, menée par les “radicaux libres” (sans commentaires) et que l’on ne peut subjuguer que par l’apport permanent d’éléments anti-oxydants, pour ne pas dire, ultimement, d’éléments anti-Occident. Les quatre mois que je passai – depuis le “tsunami” (!?) du 11 mars 2011 qui détruisit le Japon – à sonder le syndrome de Fukushima, et à en rédiger les chroniques de désastre sur le blog quotidien de Kokopelli, me plongèrent, en juillet, dans une crise existentielle qui me convainquit – s’il le fallait encore – de la nécessité inéluctable de promouvoir: la Fertilité de la Terre, la Co-Evolution avec Gaïa-Sophia et la guerre shamanique afin de neutraliser, à jamais, les criminels déments et inhumains – très peu nombreux en vérité – qui sèment à tous vents la ruine et la désolation sur cette belle Planète, la Terre. Nous sommes les Enfants de la Rébellion et nous sommes en Chemin.

«Hijo de la rebeldía/ lo siguen veinte más veinte / porque regala su vida/ ellos le quieren dar muerte».

En 1973, Victor Jara fut l’un de mes héros et, quarante années plus tard, il le reste encore, profondément ancré dans les veines anarchistes de mon coeur libertaire. An/archos: sans autorité. Et je le chante toujours, avec ou sans guitare. «A desalambrar, que la tierra es nuestra, es tuya y de aquel». Aujourd’hui encore, au Chili, des femmes éplorées fouillent de leurs mains meurtries les sables du Désert d’Atacama (voir “Nostalgia de la luz”) en quête des ossements de leurs bien-aimés, fauchés dans la fleur de l’âge, par milliers, par les monstres sanguinaires Chiliens à la solde de l’Occident dégénéré. Le temps de ces monstres est compté. Nous sommes les Peuples et nous sommes en Chemin.

En 1973, un autre de mes héros, le barde Jacques Bertin – que nous chantions en coeur, enivrés de haschich, et les yeux embués de nuits blanchies de jeux de Go effrénés – en appelait à la Terreur Fertile!

«Terreur, je veux, Terreur, je veux répandre / Comme un apport de sang dans l’organisme fatigué / Guerres saintes partout, on vous avait confié des armes / Qu’en avez-vous fait, souvenez-vous, qu’en avez-vous fait? / Dîtes, qu’avez-vous fait de la parole qui est une braise ardente? / On la prend à pleines mains, on porte le feu / Dans les terres épuisés, dans les mauvaises blessures / Dans les mauvais sommeils, ou sur les yeux des gens qu’on veut aimer.»

Aujourd’hui, à l’approche de 2012 et de la Fin du Cycle Maya, Jacques Bertin oserait-il encore proférer ses paroles prophétiques? Sans doute pas. La clique des psychopathes s’est arrogé le monopole du Terrorisme, et le pire, le Terrorisme d’Etat, soutenu par une pléthore de pseudopodes institutionnalisés: polices, armées, édu-castrations, églises, tribunaux, medias, banques… Quant aux multinationales du complexe militaro-industriel, adombrées par la Terreur d’Etat, elles disséminent leurs attaques mortifères au sein même du tissu de la Vie: terreur alimentaire, terreur médicinale, terreur radioactive… Mais plus pour longtemps. Prédateurs de toutes mal-éthiques, tremblez! Nous sommes les Tribus du Futur et nous sommes en Chemin.

“Menace”. Tel fut le titre du poème-chanson de Jacques Bertin, à l’aube de ces années 70. Ses paroles ne furent-elles pas annonciatrices de notre époque de dégénérescence intégrale? Ecoutons-le.

«Peuples, ah vous ne croyez plus beaucoup à l’amour ni à l’insolence / Si je dis “peuples”, pour voir derrière vous, vous vous tournez. / Quel est celui que par ce vocable suranné je désigne? / La révolte vous semble affaire de maniaque ou d’enfant gâté.»

«Monde captif, O monde sans amour, monde fragile / Brave gens qui vous êtes laissés drainer / Je veux répandre la terreur comme une marée patiente / Il reste peu de temps pour sauver le monde et vous sauver / Il reste peu de temps pour la sainte colère.»

Il ne reste effectivement que très peu de temps pour la rage sacrée et je convie tous les cul-bénis de la tolérance inconditionnelle à passer leur chemin car sinon: «Il sera aussitôt et simplement trop tard / Trop tard pour tout, pour la colère et pour le cri / Trop tard pour la fuite et trop tard pour la révolte / Trop tard pour le dernier bateau et pour la lutte et pour la vie».

Ce n’est pas l’Amour qui nous a plongés dans cet enfer généré par les psychopathes et ce n’est pas l’Amour qui nous en sortira. Nonobstant, la tolérance, la compassion, la générosité, le pardon et l’amour inconditionnel, oui, mille fois oui: entre nous, car ce sont des vertus qui fondent notre humanité. Quant aux dé-générés qui se sont éloignés des voies de l’humanité et de l’humanisme… ils seront bientôt désélectionnés et s’en retourneront vers l’Abîme, leur mère. «Et l’abîme comme un ventre attire les fous qui vont s’y damner».

Et clamons-le haut et fort: cet essai n’est pas un appel à la violence physique, loin s’en faut. Cette alternative ne nous est pas “légalement” autorisée par les codes juridiques mis en place par le chapelet des Naboléons – handicapés de la joie de vivre et de la puissance orgasmique – qui se sont égrenés au fil des siècles du Génocide Occidental et qui sévissent encore, mais plus pour très longtemps. Cet essai est tout simplement “Un plaidoyer pour la Rage, l’Insoumission aux autorités et la neutralisation des psychopathes déments et inhumains”. C’est un tout un programme, j’en conviens, et c’est également le sous-titre du quatrième ouvrage de ma collection Liberterre: “La chasse aux prédateurs est ouverte”. Cette collection est dédiée aux ouvrages de John Lash dont l’oeuvre bouleversa ma vie après la lecture de son ouvrage-maître, “Not in His Image”, que je traduisis avec le titre “La Passion de la Terre”. Les lectrices et les lecteurs, qui s’intéressent à la Métahistoire de John Lash, trouveront en page 162 les trois premiers essais de son cycle “2012, Transmutation Planétaire: essais sur la fin du Kali Yuga et la Fin du Cycle Maya”. L’intégralité de ce cycle – ainsi que quasiment l’intégralité de son oeuvre écrite – sont disponibles sur mon site personnel “Liberterre.fr”. Et c’est ma très grande fierté (un reliquat égoïque que les communions à l’Ayahuasca n’ont pas encore réussi à extirper de mon être profond!) et ma joie incommensurable d’avoir eu le privilège de traduire, d’introduire au monde francophone et de publier, en “open source virtuelle” tout autant que sur le papier, l’oeuvre géniale de ce Métahistorien Païen dont la mission, en Open Source Gaïenne, est d’honorer la Terre-Mère, Gaïa-Sophia, Pacha-Mama. Au service de la Vie.

S’il est un postulat Païen que John Lash, le Terton du Maine, a mis en exergue, c’est bien celui-là: les voies de la Terre-Mère sont loin d’être impénétrables! Elles sont claires comme de l’eau de roche: Gaïa veille à l’Equilibre de la Vie ainsi que le proclame Neytiri, dans cette ode au Paganisme, dans cette sublime allégorie que constitue le chef-d’oeuvre cinématographique de Cameron, “Avatar”. Gaïa veille et s’éveille et Kali-Ma est en Chemin.

Et si le destin des clans est encore d’être clandestins, cela ne saurait trop perdurer. Les Temps changent. Les clans et les tribus émergent, les clans de Xolotl et les troupes de Kali-Ma, les tribus de la Femme Bison Blanche… Nous sommes ceux-là mêmes que nous attendions, ceux-là mêmes que nous espérions. Nous convions – et nous sommes – l’étincelle de Vie au travers des processus d’extinction. Car la neutralisation des psychopathes – mise en oeuvre avec élégance et en hommage à la Beauté de Gaïa – ne doit pas nous faire oublier l’objectif primordial de notre quête: la promotion de la Fertilité de la Terre, dans la co-évolution avec l’Etre Planétaire.

«Il nous faut des porteurs de paroles avec des chenilles d’acier dans la tête / Pour conduire dans les vallées ce peuple hagard de jeunes gens /…/ Ils ont foyés le vieux monde corrompu d’un buisson brûlant / Paroles, pour porter des coups, parce qu’il est grand temps, Paroles / La vérité, la vérité, comme si la vie en dépendait / Paroles, pour ouvrir un territoire avec des blessures fertiles /O Paroles, avant que ne s’avance la saison».

La Vérité comme si la Vie en dépendait! Et la Vérité est sur le point d’éclater au grand jour. Car la culmination des oeuvres maléfiques de la clique des prédateurs intra-spécifiques (ceux qui se “nourrissent” des membres de leur propre espèce) sera également la révélation de leur nature authentique. Et le rideau tombera…

Nous en appelons à la fougue et à l’enthousiasme des Jeunes Gaïennes et Gaïens – ceux qui répondront, et qui répondent déjà, à l’Appel du Futur – pour fomenter une Gaïaspora de Kokopelli, pour disséminer des Semences de Fertilité dans les berceaux des terres encore jouissives. Quant aux terres dévastées par le Génocide Occidental, nous les régénérerons: faites l’humus et pas la guerre! Fertilidad del Suelo. Et tous les grands initiés de l’agro-écologie, Albert Howard, Rudolf Steiner, Fukuoka, John Jeavons, Philip Callahan, etc, l’ont fort bien compris depuis longtemps: notre mission n’est pas de cultiver des plantes mais bien plutôt de faire croître de la terre. La Régénération comme si la Vie en dépendait! Prenons exemple sur notre Mère la Terre: trente années après l’éruption du Mont Saint Helen, la Nature a “repris ses droits”. Elle ne les a sans doute jamais perdus – mais c’est une toute autre histoire.

Kokopelli capte de ses antennes telluriques le chant de la Terre-Mère, le chant de la Vie, et il en impulse de sa flûte magique les semences qu’il sème au gré des grands vents planétaires dans une atmosphère vivante et prégnante d’impulsions orgiastiques: des semences de plantes et d’arbres mais aussi des semences d’hérésie, des semences de rage sacrée, des semences de révolte, des semences de générosité, des semences de dissidence, des semences de Révérence pour la Beauté de Gaïa… Et puisse Kokopelli, de sa même flûte magique, “enchanter” les prédateurs intra-spécifiques et les plonger dans les tréfonds de l’abîme d’immoralité dont ils n’auraient jamais dû sortir! Il est des résidus monstrueux que l’on ne saurait composter.

En attendant que Gaïa mette en oeuvre les transformations épigénétiques permettant aux enfants du futur de survivre dans un monde radioactif, confions aux argiles et aux zéolites bienfaitrices le soin de régénérer nos corps physiques et le corps humique de la Terre. Et en attendant que Gaïa, tout comme Eiwa dans Avatar, envoie “ses animaux de pouvoir” neutraliser les psychopathes déments et inhumains, confions à la lumière des plantes instructrices, médicinales et sacrées, le soin de nous guider sur des voies exemptes de psychopathie. Il en va de la survie de l’espèce humaine.

Pour fêter nos vingt années de lutte contre la mafia semencière et agro-chimique et pour célébrer nos vingt années de promotion de la biodiversité alimentaire et de la fertilité de la terre, nous avons la joie de mettre en oeuvre, en août 2012, un Festival Kokopelli/Pacha-Mama, dans la Vallée Sacrée des Incas, à quelques pas d’Ollantaytambo, point de départ vers le mythique Macchu-Pichu, sur les terrasses mêmes où les Incas cultivaient leurs plantes médicinales. Les agronomes Incas furent parmi les plus fertiles et les plus innovants de l’histoire humaine récente. Nous leur rendrons hommage.

Au Pérou, terroir au sein duquel la culture ancestrale Andine survit malgré les attaques permanentes du Génocide Occidental, l’Ayahuasca, le cactus San Pedro et la Madre Coca sont partie intégrante du patrimoine national et sont “protégés par la Loi Péruvienne”. En France, toutes ces plantes sacrées sont interdites par les mafieux pour la protection du lobby de l’héroïne, de la cocaïne et de toutes les autres drogues dures qui détruisent inexorablement notre jeunesse. Mais la Rage monte.

Cet automne, au Pérou, la Madre Yagé nous a éclairé le chemin et j’ai perçu, pour la première fois de ma vie, la Lumière Organique. Puissent la Pacha Mama, les Apus de la Vallée Sacrée des Incas et les plantes instructrices et sacrées nous baigner de leur lumière d’or et nous adombrer de leurs forces telluriques majestueuses dans la mise en oeuvre de cette célébration de la Joie et de la Fertilité. Nous sommes les Peuples des Semences! Shista!

Dominique Guillet. 24 novembre 2011

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