Caveat. Il manque, dans mes traductions des “Translations d’Andromède”, de John Lamb Lash, celle de la Sloka 4, “Le Coeur Généreux”, et quelques sections des autres Slokas.
Sommaire
Sloka 1: Cajoleries dans le Bras de Syrene
Sloka 2: Promenade au coeur d’Alameda
Sloka 5. Physique de la Beauté
Sloka 1: Cajoleries dans le Bras de Syrene
1. Ainsi s’éveille le secret éternel par le rêve vivant,
un chatoiement sur une mer de grains ondoyants,
un recueil encodé de vocables en fuseau,
de signaux en doubles sillons,
de présages étoilés sur un lointain rivage
et reflétés, ici sur Terre, par le temps
et les flux et reflux de l’océan,
un jaillissement s’instillant né de l’onde
et une vrille sybilline à contre-pointe
en laquelle la mémoire s’insinue et demeure:
par une synergie en gémination de sons et de sens,
bruissement impétueux d’hélices encodées d’acide,
syntaxe débridée aux verbes agglutinés,
grâce au génie sublime de la Nature pour la métaphore,
permutation de mots en parade illuminée de feuilles,
branches en convolutions et tronc de l’Orme Orphique,
arbre cosmique généreusement déployé,
aux racines plongées dans le satiné serein de l’arc-en-ciel
coagulation embrasée de l’Eon,
tourbillons en fusion se déversant gracieusement
la spirale rugissante en accroche-coeur
transmet un signal à un chemin de glyphes
dans un dédale de cristaux veinés de perle poreuse
où l’argot façonné en lingots de langues brillantes
se métamorphose en une faconde de sages indolents
embusqués par des bras désarmants
par des galaxies mémorisant
des trésors mûrissant de sapience shamanique.
Et témoin l’inclination des mots à se souvenir
“la dimension quasi-pathologique de l’affect”
faut-il s’étonner, donc
si l’élision, de la cigogne au cygne,
éclat de plumes blanches dans l’aube Pélasgienne
est l’unique vestige qui s’attarde,
comment la mémoire va déserter sa source
(embrumant dans le cafard le génie du lieu)
comment elle s’arc-boute de l’Attique aux grèves d’Andromède
où les grues plongeant dans le Lac Manasa,
telles des lames argentées,
se dissolvent dans le tréfond des eaux
quasiment en séquences
dans la lenteur dont jouissent les cascades
lorsque les mots vont émerger fastidieusement de l’encre
se cachant à moitié de la main gribouillante?
C’est ainsi qu’Asuramaya, une plume Zuni à la main,
adopta la langue mère, l’idiome natif de M 31, sa demeure stellaire,
pour aventurer quelques vers en antiques rimes,
archives de ses vies sur Terre
(ce monde-miroir, ce labyrinthe fractal)
Bien que d’aucuns diraient que la mission ne fut jamais choisie
mais assignée lorsque lui, Asuramaya,
l’astrologue de la cour du Souverain Krishna de Drudari
consigna la chronologie cosmique, à l’aube du Kali Yuga
aux environs de 3102 avant l’ère commune,
l’année de la mort du Souverain Krishna,
selon, du moins, ce qu’en relate la légende.
Et ainsi, par rituel de bilocution,
éveillé aux rotations scintillantes convolant dans les cieux,
par les élongations lentes et paisibles des orbes covalentes
augurant une pause fatidique dans l’Age des Poissons,
il composa un chant du cygne pour le Kalpa.
2. Le Temps, supposons, s’écoule
et lorsqu’il s’arrête, il déborde
et c’est ainsi que lors d’une suspension temporelle
sa configuration saisie par les signes divinatoires
et les signatures propres à son art et artisanat occultes
ce sage Dravidien, celui au front honoré de la jouvencelle
aux cinq pieds et dix yeux d’opale,
les mains assermentées à Sarasvati
orné de nattes rituelles
tressées en mèches d’ambre-turquoise
sous le capuchon en peau de mouton argentée de Brihaspati
aventura la rime de sa colline natale
espoir occidental du troisième bras d’Andromède, le Bras de Syrène.
Ainsi, par divination runique, encodant les signes fractals
du mental sutra pour les clans disséminés de l’infortuné Orion.
3. Asuramaya vivait une double-vie.
Le poète perçut à travers le temps: non pas lui-même,
mais en toute variante du sage errant
quelque déguisement temporaire, un refuge
et un masque, le regard tendrement abstrayant de Vishnu
prit comme prétexte, simplement
et ainsi chaque expression devint un regard
chaque regard un mode de vision
Theoria: contemplation.
Le voilà sur Andromède, se souvenant
de lui-même sur Terre
lorsque se souvenant de lui-même sur Andromède
demeurant en deux mondes à la fois
et informé de deux langages:
“Axones et dendrites, selon leur mythe”
médita-t-il, en jetant un regard aux cils lourds vers sa consorte
“Cela correspondrait à la langue d’Andromède”
se hâta-t-elle de répondre (leur stimulation commença, imperceptiblement
le moment habituel lorsque il semblait qu’il ne restât rien à dire)
“Mais ici rendus en tonalités, allusions et tropes de la Terre”
“Correspondrait, mais comment?” demanda son consort
enthousiaste et à voix basse. Aucun bavardage
ne proférait-elle mais un discours constant
de mots co-résonants, poète et consorte
fusionnés, cygne leste et conducteur fantôme
deux figures d’une danse télépathique.
“Puisque c’est le langage que tu utiliseras”, résonna-t-elle
“mais tu translates d’abord l’expérience, tu rimes
tes mots dans la langue-mère, bien que
tu l’aies vécu là-bas sur la Terre”.
“Ce monde miroir, vécu tellement à l’image d’ici”
“Ici, le moment effectué et”
“Là la mémoire commença
engendrée au moment même où elle s’achève”
“Andromède et la Terre sont deux pour une”.
Il respira sa phrase dans sa direction et sourit
soulagé. “Mais le langage parlé
ici dépend des harmoniques qui ne peuvent pas se traduire là-bas”
ajouta-t-il avec un frisson.
“Mais traduis l’expérience, la tienne et la leur”
“Notre parenté avec cette zone”
“Aucune destination n’étant plus proche du foyer qu’une autre”
“La connexion de mondes-reflets”
“Est-ce le langage pour dire à l’autre ce qui vit en toi”
“La manière dont cela vit en eux aussi”.
Sa consorte maintenant est Vulka
une nymphe à l’expression sombre de la Souche Kerali
un lotus parfumé connue localement comme l’illusion bien galbée
qui léchait ses oreilles lorsque les calculs cosmiques le déprimaient.
4. Assigné, non pas choisi
Ou peut-être ce qui est assigné est
choisi d’une manière autre: par intention
non pas en quête de ses finalités propres
Le Dharma qui est
transcendentalement inactif
peut être momentanément révélé par une marque tremblante
où l’union des amants se dissipe en un éclat féroce
rappelant un ciel virant au flamenco,
une jeunesse perdue dans le temps de mythe
un mental doté de sel de mer et de mica…
“Désigné est choisi”, murmura-t-elle
et aucun son ne fit-elle mais se fondit
en un soufflet pulpeux de cuisses sur ambre
les yeux de lotus lançant un feu bleu léché de la crête de Chen Ju
Le mudra qu’elle était le plongea dans un rêve,
son mythe collé aux siens
leur corps flottèrent à la dérive
et s’envolèrent de la crête
avant qu’ils ne pussent se dissoudre par ailleurs
et précisément ainsi.
“La physique est un jeu d’excitation” répondit-il
“Les circuits sont ouverts à l’amour, toujours,
mais dans la physique de la beauté
tous les moments seront apposés”, rayonna-t-elle
et étincellant comme un joyau brumeux
elle se condensa en ses bras
“Si Khlebnikov était le Roi du Temps”
“Les poètes Terriens souffrent-ils toujours autant?”
ne put-elle s’empêcher de demander
“Les Russes souffrent mais les résultats sont plaisants”.
“Je pleurerai avec les phoques
et ressentirai leur peine” cita-t-elle
“Dans une mare emplie de sang sur la glace,
le paradis de l’humanité
entâché de terre”.
5. C’est alors le moment que le Prince Bleu,
le Seigneur d’Andromède,
choisit pour s’adresser à la Cour quant à des matières
corrélées à la souffrance terrienne
“C’est une provenance héroïque” entonna le Prince
envoyant une trembleur écarlate au travers des Bras couplés
“Virya, pur et simple: la volition suprême
inclut la volonté de haïr, d’aimer, de s’apitoyer, de se réjouir,
d’abandonner et d’embrasser.
Même si la matrice de beauté
accueille une douleur barbare
toutes les contradictions fugaces
innées à nos cousins terrestres
ne peuvent exister entièrement en vain.
Virya ou virtus, dans cette élision
repose une sorte de précision
appelée courage.
Ce qui émerge à tout moment d’apposition à la souffrance
vaudra la peine de la douleur,
si toute cette générosité que vous recherchez
aura été conférée
surpassant la perte ou le gain,
car ni l’une ni l’autre
ne peut épuiser le plein échange:
l’esthétique ici est angoisse là-bas,
une curieuse distortion due à la loi cosmique.”
“Mais ces errants infortunés,
Les Gars d’Orion qui copulèrent avec les dames-lionnesses
les beautés sauvages de la Souche des Sultress,
virtus désaxé dans la virulente rage mâle.
Et la puissance morale des êtres sensibles,
désir ouvert de créer ou de détruire,
signature du devenir divin
ou juste une rumeur décourageante (selon ce qu’en croient nos cousins terriens),
ne laisse que peu à l’imagination,
ou peu d’imagination, d’aucuns diraient.”
Prenant alors une pause pour l’effet,
il saisit doucement sa guitare bleue
et gratta un accord de Taurus, un geste
connu pour conjurer du Vide des oscillations.
“Et c’est ainsi que l’augure aura été lu
griffonné sur la poitrine des Grues Jaunes:
le jeu esthétique ressuscitera les morts
lorsque nos parents terrestres décoderont mon sourire
et assouviront leurs mesquines douleurs individuantes
grâce à un discernement numineux.”
“En raison de cela”, chanta Vulka à la Cour
“Certains de nos jumeaux terrestres
en viendront à empester de vérité”.
“Tel un brasier”, reprit une autre consort. “Une épée de lumière,
une tresse de feu parfumé”.
Ces paroles furent entendues
et ressenties dans les coeurs de la Cour
telles des fléchettes évidées de lamentation dévique.
6. Suppose donc que le temps s’écoule réellement
et lorsqu’il stoppe,
il déborde
au point, disons,
où l’attention se rassemble en une boucle,
contemple la douce courbe
d’une crosse de fougère, accordée
au diapason d’une lyre
tremble dans la cambrure de la Rivière Ummon
au coeur de la Clairière Orphique où tu pénètres
par le flanc oriental, la glace matinale
fondant le Bras de Syrène, sous la guise maintenant
d’un marais dans les hautes terres de l’Ecosse
la lumière
y est bien sûr trempée de pluie, bien que
la description, pour solide qu’elle soit,
vêtira la coloration glanante de la rosée
jusqu’à ce qu’elle vienne à toi
au travers d’un discernement numineux.
7. Le conseil du Prince Bleu
encouragea Asuramaya. Sachant que ces paroles douces
persisteraient éternellement, il pauserait et
oserait le style ambisexuel gemellant
afin de révéler la divination runique en toute plénitude
et d’ainsi conférer de nouveau du courage à cette zone
de commisération tragiquement sur-sexuée
tournoyer vertigineusement
mais sans plaisir, sans
transmission tantrique
autour de l’anse d’orchidée d’Orion
— même si la syntaxe s’effondrait
une fin de verbe empêtrée dans la suivante
Nulle signification sans apposition.
“Ceux d’à côté détecteraient-ils la bilocalisation?”
demanda-t-il à ses trois muses
Compagnie silencieuse d’un seul regard tout embrassant
De cette noble audience, personne ne supposait
précisément comment et où le givre en rime vacillante
annule son sens
Pas plus que leur regard en fusion et amour
brumisé sur le miroir en cristal de leur rêve
dévoile les flux de codes interstellaires ou
jauge l’accolade de constellations
plongées dans l’ex/tase du Vide:
Des Galaxies bondées d’animations hantées
images de perte
de conjugaison brutale
déployant la tige de l’hélice
en bleueté mouvante dans le dénommé mental
aimable mudra de
double-hache et de papillon
Vaisseau spatial
taillé dans l’antique frimas
dégénérescence de formulation inachevée
une lettre à la fois
transe encryptée de la Volupsa
en des bribes d’ancienne révélation
suivant les douze répliques de Naropa.
Sloka 2: Promenade au coeur d’Alameda
8. Le jour où nous fûmes tous criblés de neutrinos
son double s’éveilla à l’aube
sous l’étonnement d’un rêve lucide:
dans une longue spirale harmonieuse, il était aspiré
vers le ciel et loin de la Terre, siphonné
par une force alors de source inconnue
comme intronisé entre deux ailes majestueuses
il s’arrimait en cette propulsion planante
dans l’extase de l’éruption, il devint comme vent
volant dans la plume de la flèche, et soudainement
surplombant d’abruptes falaises bleues, lorqu’il vit
des ondes récurrentes de lumière de perle de turquoise
fondre sans bruit en cascades ondulantes
il reconnu l’espace et haleta
sous l’affect des ailes postérieures, immenses et convergentes,
l’enchâssant intimement en plongeon spiralé et
il descendit avec la grue d’argent, dissolvant et
dissous dans le calme d’encre du Lac Manasa,
membrane de lumière toute placide et pâle.
S’éveillant dans l’euphorie de l’aube, il sortit dehors
et scruta le ciel s’embrasant en quête de signes. Il commença le jour
et, comme bien si souvent, pensant aux étoiles
et ne suspectant pas comment
Une étoile, identifiée depuis lors comme une supernova bleue
avait explosé
au lointain dans l’autre hémisphère
ce ciel méridional qu’il aimait osculter,
un oeil attentif sur la liste de Messier.
Ensuite, il intègrerait une connaissance mystique
en apposition à l’émerveillement de son plongeon
produisant une supernova, la première
clairement visible à l’oeil nu depuis la Terre en 1604.
Non pas que quiconque pourrait recommander l’allusion
supputa-t-il du moins,
tellement profondément encroûté dans sa douleur familière
l’érosion de sa foi en l’humanité
lui aurait laissé croire
La plus grande partie de l’énergie de l’explosion
fut acheminée par des neutrinos.
Ce sont, au mieux, des particules énigmatiques.
Durant toute la journée il rumina et cette nuit-là
il ne put se reposer, il ne put re-pénétrer dans le rêve éveillé
ou dans n’importe quel rêve
car il semblait qu’il y eut un signal à l’oeuvre
peut-être une ligne de code libérée lorsque
Quelques 100 milliards de neutrinos, provenant de SN1987A
traversèrent le corps de tous les êtres humains sur Terre.
Cette nuit-là, il se leva perplexe et tenta d’écrire, en vain
avant, par chance, il entendit les nouvelles scientifiques
il paya une visite à sa muse cosmique, s’assit dans sa cuisine
méditant sur la métamorphose qui le subjuguait.
Il subsiste une pléthore de mystères.
Sa Valentine amusante, sa douce Valentine comique
n’était pas peu agitée. Déconcertée, tout comme lui
– une modification du point d’assemblage –
mais ils assumaient avec un humour divinatoire
leurs plaisanteries fumeuses et disloquées
son rire lui rappelant comment les amants ont besoin de rire
lorsque l’amour ne se demande plus où aller.
L’étoile à neutrons est peut-être un pulsar
mais nous ne pouvons pas voir et nous ne le savons pas
Comme il retournait le long de l’Alameda, se parlant à lui-même,
à voix haute, des données surgirent de la Nébuleuse de la Tarantule
dans le Grand Nuage de Magellan (les initiales de sa muse comique)
au coeur du val méridionnal. La progénitrice,
une rare supergéante bleue, sa radiance à l’image du Niagara
subjuguant les amplitudes et les écrans. L’explosion
dura trois mois, du 24 février à mai
la supernova appelée un-neuf-huit-sept-A
explosa, une vision pour l’oeil nu
et 170 000 années de contemplation, pure, intacte
s’effondrèrent dans la lumière transitoire du jour.
Cette explosion de lumière a voyagé vers nous
depuis bien avant que les humains élaborèrent, pour la première fois,
des animaux peints sur les parois de leurs grottes.
Comment la science inventera-t-elle, pensa-t-il.
Des folies de neutrinos, de quarks et de quanta.
Un Bang en explosion, l’imagination par défaut forgea
ce qui doit être senti, ressenti et vécu, encore.
L’excitation est loin de s’épuiser.
La magnitude était de 4,5
l’image récurrente semblait suggérer la marque floue
que ses vies avaient flambée dans le temps
amante par amante.
Il avait depuis longtemps cessé de lire de la physique,
(sa distraction première depuis l’âge de neuf ans)
avait aigri sur les théories lessivées
dans la tumulte chaque fois que les données menaçaient le dharma
et ainsi il fit du Tantra sa physique
et scrutant, à l’image de Hubble,
au-delà de la rive galactique
vit, une fois, le Corps Intérieur de la Damoiselle Bénie,
une image de relativité
expulsant la tendresse
pas de tenseur mathématique
Car tous les soucis qu’il amena
firent de la passion un chemin.
Juste lorsque la supernova généra un double.
9. Asuramaya soupira
Seul, à l’aube, il demeurait dans le varnamala
comptant sur des cousins terriens
qui pourraient discerner au sein de leurs vies
quelques figures procédant de la sienne
Bien que les chances fussent minces
quelque chose tel un grain tranchant de lumière
prédisposait sa main
quelque intuition Amazonienne, lointaine et réverbérante
le rendait enclin, convaincu que la dualité sexuelle
pourrait être révélée juste par la poésie.
Ses consortes choisies par dessein étaient trois:
Rohini, Vulka et Jill
Maintenant, c’est elle, Jill Alloway
fille gracieuse de la Souche Sultress
19 ème Délice Yumchen du Clan Dordona
lignage sacré du Bras de Pallas
véritable bastion de poétique incarnée
où il apprenait à ses genoux
sur un mode Upanishad
des rudiments d’esthétique de tonalité Tantrique.
Léchant la pointe émoussée d’une pelure de sauveur
elle lui caressa le cou et chantonna un charme limbique
“Sois classique” dit-elle, “Ce qui a été bien fait mérite d’être répété”
“Ce ne serait pas une insulte à l’intelligence”, s’interrogea-t-il.
“Sur Terre, il ne reste que très peu d’intelligence
sujette à l’insulte”, soupira-t-elle. Et elle lécha encore une fois.
La caresse de sa main sur son cou
amène une brume de sang bleui au bout de ses doigts
Son bracelet d’étamine tinte, anneau brillant
de code de doux joyau de corail en motif boréal
pour un instant embrasé
elle déverse vers lui un regard enveloppant d’ambre
elle amplifie chez lui sa vision d’émeraude.
“Nulle forme ne servira l’antique rime, pas même
les runes en triple temps”, Jill songea-t-elle.
“Mais la relativité s’applique en apposition
et le temps, donc, peut servir une proposition sans temps
“Oh oui, la forme sera ensuite ce que la non-forme aura été
car maintenant comme alors sur Terre, tout cela
était supposé arriver, comme ils disent, translaté
de cette manière” – elle était maintenant sarcastique –
“devient une révélation du mécontentement,
un mode humble d’être hanté”.
“Et bien, je pourrais expérimenter”, Asuramaya rit
“Précisément, choisis une rime connue, n’importe quelle rime”
Son bracelet maintenant glisse
le long de son bras, une invitation à la mode Andromèdienne
Elle cligne des yeux et, douce comme une crème de Sri Lanka,
impulse à sa jambe de couleur fauve un mouvement de tango.
“Et convertis-le en sutra”, supposa-t-il, se détendant
comme une anguille en sa pose bercée
“Déguise-le ainsi”, gémit-elle
Et c’est ainsi qu’Asuramaya commença, un peu cérémonieusement
son sujet emprunté à un texte Bouddhiste:
Un Sermon sur le Moment, comme si
quelque verset savant émergeait encodé d’un lit de rivière
quelques lignes effilochées qu’il lit à Santa Fé
Un jour au début de l’automne lorque le destin le conduisit
vers un amour mortel, de nouveau –
c’est du moins ce dont il se souvenait.
10. Si le silence fonde la contemplation,
laisse la lumière choir gentiment sur l’audition
Les yeux de Siddharta étaient un charme glorieux
un regard instillé de lumière de diamant
Toute la distance pour Andromède et en revenir
Nul cosmos sans éloge
et nulle manière de libérer
si ce n’est par une parole unique.
Evam maya shrutam
“C’est ainsi que j’ai entendu”
O combien profondément cachée est la source
et graines sombres, nous sommes semés
là où les amnios soupirent
une ancienne mer
porte des enfants du Vide, le vent
se lève et tourne à l’Ouest
au crépuscule
une danse d’ormeaux
va faillir
et pauser
et un simple tremblement des rameaux bordés de dentelle
impriment un éventail
de veines s’obscurcissant
contre le ciel
de rose palissant
veridian layered high above the Jemez
La Vereda au crépuscule n’est que premier plan
sombrant dans des ombres croissantes
des fontaines silencieuses
jaillissent de troncs élancés d’ormeaux
plongés dans le sol nourricier du haut-désert.
Baptême dans le sang et l’amnio
rose et or tourbillonnés par des marées lunaires
La Terre nous rêve
Dès les premiers sillages de lueur
des vrilles de sang sur la peau non née
lumière de rosée impulsant des synapses
poussée d’aube vers le dendrion
yeux de raisins en amnio
baillant d’y entrer
Des pélerins en partance pour un paradis barbare
s’amarrent pour un moment dans le Temps de Rêve
et y trouvent un port au grand coeur
où le désir mute dans les cinq directions
avant que la matrice bégayante ne s’effondre
Oasis frêle pour un mirage estampé de sang
Bardo filé au foyer
où la soif séduit tel un refuge
et lorsque le rêve s’effondre.
Le soleil couchant dans le Sangre de Christos
peut être mépris pour un coeur abasourdi
éclatant aux coutures
laissant tout son sang exploser
en une inondation maussade
de lumière couleur de prune.
Le soleil couchant houle
sa dernière étoffe sur Terre
des piles de lentes rides
la stupeur de lueur pastel
vernis sur satin
sur fond de brume en pulsations
de mauve lumineux
qui se dissipe dans l’azur de l’horizon
frangé de viridien.
Au plus lointain du champ de perception
une lumière descendante vacille
enfin dissout la nébulosité
fait chûter la nuit vaste
et les courtepointes se replient en silence
les flancs parsemés de pignons
des cuisses et hanches montagneuses
des torses géologiques tournent
et soupirent à la hauteur.
Mont de Soleil et Mont de Lune
Offrande muette à la nuit qui poindra
et tremblotera, une ligne de respiration
au profil de seins nus exquis.
Là où la lumière de lait s’exfiltre de la terre
buvez de vos yeux et détachez-vous
de votre regard scindant
comme si vous laissiez une flamme
en bénédiction d’autel.
Là où vous vous êtes détournés est toujours
essentiel à la Danse.
Et si votre regard est assez silencieux
et anonyme pour toucher la terre,
en geste de pure inpermanence, il se peut
qu’il s’en meuve à l’unisson,
l’espace d’une respiration,
et qu’il reconnaisse le don
que vous avez conféré, incognito,
là où demeuriez, en étonnement,
semblable aux Simples dans le vent.
Néanmoins, ce qui est tant absent
de par votre départ
comblera un autre moment lorsque
plus personne ne sait que
vous avez cheminé sur cette voie
ou comment vous avez laissé votre regard
au moment même où la lumière chut sur vos yeux
et où la vision s’en chut.
Ainsi, auriez-vous pu métamorphoser
l’après-midi en crépuscule
grâce à la manière dont vous pausâtes
le long du chemin sur l’Alameda
afin de contempler un fin méandre
déconcertant tel un idéogramme
un seul filet
teinté
d’or moutarde métallique
où les fontes printanières des neiges
reflétaient les rameaux des ormes Chinois
révérends tels des sages prosternés
se penchant en double rangée vers Galisteo Street
Les feuilles s’abandonnent
et meurent en un flamboiement
d’orange et de rouille
étincelant telle une confiture étalée
au travers des routes empoussiérées
et au profond des sombres arroyos
tranquilles et frais.
Ruissellent les dernières mémoires des neiges hivernales
les légendaires flux blancs d’antan
la fonte vide de la lumière laiteuse
que, toujours, Elle déverse en nos yeux.
(La vie continue et là où le temps va
point assez curieux pour s’enquérir
D’où vient-il, donc, en premier lieu?)
Ressens le vide dit Siddharta de ses yeux
Lorsque le temps, dans le coeur, ne s’écoule pas
il déborde
Rūpa / Shunya
“Ta forme, mon vide”
Au parler doux,
il lança une oeillade à l’alentour des mots,
un regard au port régalien,
invitant à percevoir ce qu’il évoquait.
Evaṃ mayā śrūtam
“Laissez la lumière tomber très doucement sur l’écoute”
Regarde et perçois chaque mot et
Shariputra, gagnant sur les deux modes
écrivit le Livre
Le Sutra maudit le plus court que vous ayez jamais ouï.
11. “Mais le dharma est entièrement impersonnel -”
Jill lui dit-elle en un regard
“Quelque instrument, donc, de réduction égoïque
devrait être donné
Une astuce pour les faire écouter -”
“L’astuce est employée mais cela peut sembler trop beau
une nuance ou plus
trop mûre pour des oreilles terrestres
au vu des longueurs métaphoriques
et de la faible incidence du silence transgalactique
dans le mental des natifs
il se peut qu’il n’en résulte qu’un galimatias – ”
Asuramaya médita, presqu’à demi-voix maintenant.
“Des Lyriques Impersonnelles conviendront – si tu t’en souviens – ”
se moqua Jill.
“Précisément parce que les amants terrestres
sont si affligés, si hantés par les mémoires
propices à encapsuler leurs peines – ”
“Que des lyriques rendues impersonnelles les leureront – ”
“Sans qu’ils ne sachent comment – ”
Sloka 3: Aengus et Etain
12. “Quel monde désolé”, songea Asuramaya
Sa consorte maintenant en essence était Rohini, celle d’Antarès
géante rouge dans le Coeur du Scorpion, qui répliqua
à la mode d’Andromède, le parler crépusculaire que les dakinis profèrent
rejetant les paroles au profit de jaillissements télépathiques parfaits
afin que la conversation advienne et se déploie en pulsations de silence rythmé
une pause fluctuante et aisée après l’autre
“Souviens-toi de ce Long Chen Pa aurait dit”, entonna Rohini,
réconfort du mental. Instantanément sa pensée
translata la sienne, leurs souvenirs
se communièrent, de bouche à oreille,
tissèrent un parchemin où des lettres d’indigo
silhouettées d’ocre
rédigeaient de nouveau l’idée formulée:
J’ai élucidé au bénéfice des générations futures
la signification du mode suprême de vie.
Cette approche de la vie procède d’une créativité
spontanément parfaite et universelle
au coeur de l’expérience.
Cette approche n’est pas un processus graduel de développement personnel:
grâce à elle, tu t’éveilles réellement à ce qui est, dans le maintenant.
“Oubliant cela”, observa-t-elle, “quiconque pourrait être excusé
lorsque cherchant désespérement un indice-”
“Excusé mais non pas pardonné-”
“Parce que tous les indices du monde-”
“Ne comptent pas-”
“Si tu ne sais pas quel crime a été commis-”
“Quelle erreur-”
“Ou omission-”
“Quelle matière d’imprécision-”
“Quelle solution insensée-”
“Ou quelle attribution vrillée”
Ils soupirèrent longuement de concert.
SAISONS ET COMPAGNIE
A ce moment-là, la rosée mandarine de l’année Persidienne s’évaporait lentement au travers de la ligne d’arbres sur le Mont Basho. Son parfum en partance agitait les longues feuilles de l’impanate cherry et relâchaient l’ondulation dans les vrilles qui descendaient le long de son tronc à la base en forme de cloche. L’immense arbre saponineux, une relique des odes Confucéennes, frissonna extatiquement en ses racines. Les feuilles déploient quelques futures permutations du discours de Long Chen Pa.
13. Asuramaya fut encouragé à regarder encore
glissant encore plus profondément en ce monde désolé
si adéquatement nommé
Jambudvipa
“terre emplie du son du fruit chutant”.
“Une simple paraphrase suffirait-elle peut-être”, suggéra Rohini
ses lèvres pressées muettement aux sons
“En guise d’explication de ce qui se passe sur Terre-”
“Pour provoquer cette confusion douloureuse-”
“Et appauvrir ainsi la sagacité native-”
“Comment une planète destinée à une expérimentation divine-”
“Berceau douillet d’espèces en mutations-”
“Réceptacle de spores lumineux de la Carnation Pléromique-”
“Devint un vulgaire bazar-”
“Ne sera pas facile à élucider.”
Rohini tapota sa lèvre inférieure, façonnée
tel un pétale jaune de sumi, du bord
d’un pétale jaune de sumi
en laissant un joyau forgé de pollen
suspendu au coin de sa bouche.
“En poésie ou en prose-”, ajouta-t-elle, omettant un battement
“Moins dira plus-”
“Mais la prose permet d’en dire plus”.
Ce fut l’aube durant tout le matin
C’était la mue
et cela allait muer/
Les grues bleues nichent dans les nuages de mousse.
…
“Les livres sacrés d’Aengus et d’Etain-”, s’aventura-t-elle en touchant
le plexus du coeur d’Asuramaya avec la tige
tremblante d’une herbe jumna
“Ne m’entraîne pas de nouveau sur cette voie”
“Au moins, tu ne peux pas prétendre n’avoir jamais essayé”
C’est ainsi que, pour ne pas prétendre, il le fit, prenant la tige pour écrire
de sorte que le script se reflète dans le regard de Rohini.
14. Autrefois un solitaire égaré dans la marée des mythes,
Un paria, un garçon aux pieds nus ensorcelé par le paysage marin
Lourds de brume d’or les yeux de l’enfant
étonné le jour où sous un soleil tournant au bordeaux
il vagabonda sur le rivage déchiqueté
telle garance égouttée d’un air salé
ses rêves étaient nés et peints là-bas
imprimés
pore à pore
rare ambiance et
et enroulé en une signature torsadée
si désireux
chaque cellule pour goûter la marée.
Il le savait en son corps alors,
une fois et toujours
car cette connaissance est charnelle
est inscrite en spire d’acide.
…
15. “Hélas, la rime ne peut pas être translatée”
“La syntaxe va s’effondrer mais tu le savais bien”, répliqua-t-elle
son torse s’orientant vers le Dharma Vane. Là,
délicieusement en flux
ensemble ils moissonnent ses mémoires
jumeaux.
Croisant sous le vent du Vane, leurs coeurs consorts
formaient un instrument unique tout comme le menat
suspendu sur la poitrine d’Hator, emblème et organe,
ressemblant à une Constellation qui se déploie dans les cieux méridionaux
d’Arcturus à Aldébaran, lingam et yoni en un seul vaisseau
“réputés régénérer le pouvoir de reproduction dans l’après-vie”
mais pour leur mission consacrée et leur vision unique, c’était un oeil fructifère
qui voyait la lumière transformant le temps en une vague si lente à briser
si extatiquement retardée la lumination se rompt et divague
ce déploiement langoureux sur les berges fractales du Récif
La Couronne Boréale
rare diadème d’étoiles en demi-cercle, révèle un lagoon noir
tendre refuge d’entités qui se noient dans le Rêve de Vishnu
des passions emportées sur la vague déferlante et une envie inaudible
pour le retour perpétuel de l’amour à Alfecca, à Nusakan,
coeur de corail dans la couronne d’Arianne.
Et de Nusakan, promptement vers la lumière de Vega, le désir en fusion
constelle la queue brillante de leurs codes gémellants où le ressac
bouillonne du Récif et sombre en des arcs toujours plus larges,
clairs et gélatineux en anneaux toroïdes autour de l’Apex Solaire
ornent les falaises sombres en plein est du Cygne, des isophotes galactiques
signalent leur rituel de passage à Shelliac, à Sulafat et
et circumambulent l’Anneau, désir fantôme en spires de nuances fumées
… au-delà du Val du Cygne une lumière duveteuse
en appelle à l’aura douce de Vega, porteuse de Terre,
la coquille de la nuit Orphéenne est de la tendresse vivante
et voile le fruit qu’ils engendrent
étreinte lyrique en délice gracieux, en saphir pâle l’augure et l’arc-
le signe de Ma’at, l’Etoile Vautour réciproque leur silhouette
se dissolvant lentement.
Ils virent de bord et broûtent le bout de l’aile du Cygne et
se retournant pour contempler le long chemin vers le foyer
vibrent en regardant au travers de la Lyre sacrée comme si une membrane
pinçait les cordes et les veines minérales en-dedans de la Terre
préservait leur chant parmi les ombres
nul mot n’est perdu, nul envie accomplie
sans divination et consentement, le mélange primordial de l’amour
et le mécontentement fatal, le lustre de l’éphémère humain
sur le baiser né de la rosée
Et encore le courage n’abandonne pas son moment, ce rite:
de ressentir et de prodiguer la louange infinie.
Apercevant Vega dans le sillage, très loin derrière
Rohini rêva son chemin dans la rime, devina
les runes en triple temps, en tropes terrestres
et en tonalités tragiques procédant de vies entières en cavale
“La causalité tue”, entonna t-elle avec un sourire affectueux
en laissant les courants sous-jacents du Récif
les orienter discrètement vers M31
“Un adage Bouddhiste ne conviendra pas-”
“Si l’amour humain est si divinement empreint de Carnation-”
“Comment cela pourrait-il être dit autrement et rester véridique-”
“Qu’un amour perdu, juste un seul, propulsera l’histoire
cette Odyssée à l’oeil vert, cette saga d’un campagnard
un douloureux chagrin à Jambudvipa-”
‘Mais les ouvrages sacrés furent perdus, la naissance trahie /
le mariage consumé, ainsi l’amour n’était qu’un prétexte-”
“Si tendre est le récif, un peut en sauver un autre”, susurra-t-elle
et ils oscillèrent leurs torses fusionnés vers la Mer de Wending.
SERPENTAIRES ET COMPAGNIE
Durant une période mesurée routinement comme des siècles terrestres, les Bardes de l’Estuaire de la Mer de Wending observèrent comment le rivage de la Mer présentait une inversion de forme/fond par rapport au Serpent, le reptile entrelacé avec le yogi cosmique Ophiuchus, connu des érudits astronomes terriens comme le Serpentaire. Cela devint un rituel pour le poète et sa consorte, en transport rhapsodique, de passer par Vega et de con-sidérer le Cygne, telle une constellation en récif à la tête du Serpent. A partir du torse du yogi en transe, les étoiles du Serpent de Feu en contorsions constellaient un chapelet d’atolls-refuges égrenés ensemble dans l’archipel étincelant connu conne le Serpentaire, un site d’excursions/rêves parfumées mais incohérentes privilégiés par les Andromèdiens recherchant un enchantement de simulation d’isolement parmi les brumes déguisantes de marées des atolls.
Rohini pressa ses lèvres sur les siennes pour faire taire tout doute subséquent
“La colombe n’est jamais libre, est-il dit sur Terre
mais nous deux, nous nous unirons comme la main dans le gant”
Ainsi fusionnés, ils virèrent de bord au travers du Vane.
…
19. Nous évoquâmes, une fois, Aengus et Etain
Serait-il fastidieux de les évoquer de nouveau?
Tant de légendes sont prégnantes de sang
Un barde primordial suis-je à Elphin
et mon foyer originel est la région des étoiles d’été
Tant de légendes sont prégnantes de sang
Idno et Heinin m’appellent Merddin
Eventuellement, chaque roi m’appelera Taliesin
Je suis une merveille d’origine inconnue
Je suis allé en Asie avec Noé dans l’Arche
Je fus témoin de la destruction de Sodome et Gomorrhe
Je suis allée en Inde lorsque Rome fut construite
Je suis maintenant ici dans les vestiges de Troie
J’ai été avec mon Seigneur dans la mangeoire de l’ane
Je soutins Moïse dans les eaux du Jourdain
Je suis allé dans le firmament avec Marie Madeleine
J’ai obtenu la muse du chaudron de Ceridwen.
Tant de légendes mûrissent dans les gènes
Des myrtilles pour du sang
Pour dire ce que le mot signifie
regarde et attarde-toi où le regard
scelle la forme et le vide
le mental de par son augmentation lente
devient polyphonique dans les gènes et
coloré le choeur
décharge ses notes
l’une après l’autre
des baies
tranchées entre le pouce et l’index et mangées
sur la paume
chacune au goût unique
Comment le tout est.
Sloka 5. Physique de la Beauté
42. Enfant vagabondant de l’Enigme Etoilée
tu n’es pas au foyer
Sur le chemin, cependant, le voyage
se métamorphose en lumière
et lorsque le foyer ne se rencontre point
existe-t-il une destination
plus proche qu’une autre, du coeur perdu?
43. Dans les profondeurs du ciel vert,
une toison de nuage jaune, du dessous
mouchetée de lumière de safran, se dissout
sur le Mont Basho dont les pentes
sont baignées de mèches tressées.
En aval, les aquarelles pleuvent
sur les plaines d’herbe bleue
et s’écoulent mélodieusement
dans les gorges de la Mer de Wending.
Là où le sable, de nuances de bronze, teinté
adopte la couleur des pêches froissées
Asuramaya chemine seul sur le rivage de l’Epi Kalf
contemple une brume vespérale
recouvrant l’obscurité de l’estuaire
une lueur sur le dos des cygnes aux plumes noires
qui planent sur les courants, dans les roseaux vinca.
Il perçoit, au coeur du silence de l’estuaire, un son
telles des notes coulantes de sarod en collier de perle liquide
exsudant lentement d’un geyser noir et dense
tel de l’ébène en flux, soufflé par une flûte
son corps frissonne sous l’inspiration de voyelles
énoncées en extase de muette fusion.
Il marche avec Pan et Marsyas dans les yeux
un satyre dansant et l’autre écorché vif
deux énigmes dans une guise à l’unique parfum
deux mythiques visions de la proposition
la poésie présumera des fin humaines:
nul mystère sans apposition
Est-il heureux? Quelle est sa quête?
Quel rêve conféré à la Terre
Illumine son front
lorsque les grues d’argent revenues du Lac Manasa
offrent la divination de son errante rime
comprimée dans la chorégraphie de cette envolée
juste au point où son mental virevolte
retourne vers l’incarnation
vers les doubles vivant en deux mondes à la fois
les vénérant comme un.
Comme s’il était allé plus loin en translation
que ne le permettent les appositions
comme s’il avait traîné bien trop longtemps
en allitérations oubliées balayées de voyelles
chaque mot humant l’unique
et combien c’est tout ce que cela demande
si le dire accomplit ce qu’il signifie
cependant, si mystérieusement, Elle rêve
la Muse, enchâssée en son givre naturel
Elle doit être séduite avant qu’Elle n’Inspire
à moins qu’Elle ne soit, elle-même, la Séductrice
avant que la confluence ne coupe les amarres.
Comme si tout ce qu’il pouvait faire
pour garder la rime bien vivante
était en translation
en mode de guenilles et de haillons
non déguisé, par la divination
risquant de se décrire elle-même
une technique qui montre le chemin
n’est est point un obstacle, ou ainsi du moins
aura été montrée, il le souhaite
et l’intentionne de sorte que son mental
présage d’événements futurs
consignés en des lingots de lumière runique
entre les roseaux de l’Estuaire.
Le shaman avec ses yeux de braise
est tel, pour lui, un attracteur étrange.
Et bien que rebelle, s’il en fut,
sa méthode était affilée
chaque souche trans-syllabique réticente
chaque bribe de native rime
évinçant la pente ardue de la translation
lui disait que la voix qu’il courtise
ne peut être la sienne seulement.
Le don est offert, donc. Son effort
sera exaucé lorsque le crépuscule plane
recouvrant tout le Bras de Syrène
une vague assourdie de gel au lustre de jade
fondue sur la langue d’un dragon
déploie les lointains confins du vallon
où le pourpre veiné de cendre constellante
dessine un chaos innovant
dans le vide ensemencé d’étoiles
Asuramaya regarde des deux côtés pour cerner son foyer.
Son coeur, vers la Terre, s’en est allé.
Tandis que la translation oscille en son mental
il s’en va contempler des grues argentées
neuf en une ligne
et puis
se recourbant en virgule de soi même
tournoie
en spirales
et serpente
en un noeud
où les grues
convergent
seul nexus
de douces plumes blanches
en-haut,
une trombe
explosée d’embruns
boivent et s’éloignent
grues elles ne sont plus
mais lorsqu’une rafale d’avions scintillant de bleu
composent un attracteur étrange
la figure de leur vol
dissoute
se convertit en codes soniques cadencés
Asuramaya écoute et se charge.
44. Enfant vagabondant de l’Enigme Etoilée
La navigation aux étoiles est lente
si le temps se métamorphose en lumière
et la lumière en une vague si longue à se briser
tellement élusive et lointaine
comme si le mental seul était une mer en jusant
et dans la marée, le rêve de l’humanité
dérivant en tableaux
le flux et reflux d’images
échangées de regard à regard.
Cependant,
déversé en ces yeux
un tel baume de vision,
que cette congrégation mentale aveuglée
tremble en un seul jaillissement ondé,
tout comme l’écueil résonne dans toute la mer
ou comme des orbes covalentes par modulation
infusent de désir, l’imagination
Cet assemblage sauvage
enlacé sur une trame de fils vivants
comme des paroles de chants franchissent la crête
et se brisent sur un autre rivage
dans un autre temps
L’Infini rappelle le destin.
Car tout regard est limité
lorsqu’il plonge dans le puits des mers cosmiques
la vision fait que l’observateur disparaît
là où les larmes débordent des galaxies
les nébuleuses s’enroulent et s’enflent de talures technicolorées
une perte inconcevable est capturée
toujours et toujours
et de nouveau la solution de multi-carnation
érupte
en un bourgeonnement
fractal
de nexus limpides
appelés
Cloche
Anneau
Tarentule
Tête de Cheval
Aigle
Sombrero
Oeil noir
Ruche d’abeilles
Oeil de chat
Hibou
Crabe
Omega
45. Enfant,
Tu l’as ouï dire
Même une larme unique
peut s’étendre
et teinter tout l’océan de sel.
Goûte comment le parfum
mijote dans ton sang.
Tu perçois avec des yeux
salés de larmes.
Tu t’émerveilles de l’étincelle sur ta joue
comme si ton chagrin
pouvait incendier une fusée éclairante,
une lueur
parmi des milliards,
où la lumière parsemée de cendres
esquisse les bras galactiques
une nuit d’obsidienne
absorbe le vortex lacté d’un trou blanc.
Là-bas, quelque chose t’appelle vers ici
invite à la réincarnation sillonnée de rides blanches
Que ce soit un désir toroïdal
Que ce ne soit qu’un simple résidu
ou quelque prodigieux excès
Que ce soit l’amour ou l’envie
Que ce soit le temps
ou le non-temps
Là où tes yeux étincellent de larmes vives
là est la gemmation
des visions picotées de rosée nucléique,
dans un paysage de rêve,
dans un recyclage de gènes,
là est ton destin réfracté,
ta mascarade
transpercée d’images,
baignées dans une solution de ciel noir
revenues à la vie
par une involution éternelle.
Contemple les entités se noyant dans le Rêve de Vishnu
des amants assaillis de lumière désolée
saisis par des bras désarmants
par des galaxies spirales qui recèlent
des trésors mûrissant de moeurs romantiques.
Et se prélassant, tes limites
indexées aux berges fondant lentement
d’un labyrinthe fractal,
tu es attiré par ce qui t’intrigue
rescousse et refuge,
mais au-delà de cette singularité que tu convoites,
se trouve vraiment ce que tu convoites
un regard en source ouverte
un signal
assez vrai
pour spiraler vers l’éternité
intact.
Le désir insatiable est si aléatoire,
exact cependant,
tel ce moment élusif
lorsque le temps se meurt
il laisse le coeur de diamant intact
et te laisse
dépossédé et songeur
comme si la divinité demeurait en toi, si innée
nonobstant, de dedans, tu ne puis
en trouver le chemin, tu ne puis
ouvrir la porte qui n’en est pas une.
Tu dois donc déporter ton regard
et
(sans plus une seconde à perdre maintenant)
te plonger afin d’accueillir le calme dans la mer noire.
Andromède se lève bien avant l’aube
Deux millions d’années-lumière et disparue
(et tu te demandes pourquoi ce petit chéri a contracté le cafard)
Au tréfonds du puits du temps, Enfant
lève les yeux, maintenant et encore,
peux-tu voir la lumière d’étoile qui déborde des bornes?
Ou baissant les yeux en ton coeur
ne vois-tu pas les vies abandonnées
tellement à l’image de la tienne
que tu ne supportes pas de regarder ailleurs?
Nulle intervention ne scelle ta destinée
Nul soutien divin ou bien humain
Aucun individu ne peut tous vous sauver
Mais chacun de vous peut en sauver
un autre
Et vous sauvant mutuellement, un par un
votre monde hanté est expurgé, métamorphosé.
Ta vérité est rescousse
l’attraction et le doux danger
le frisson d’aller à la dérive
invite ton innocence
et garde ta puissance pure
Mais d’être dupé par l’idéal ou l’ordalie
c’est le même destin comique
Obligé d’aimer
d’approuver et de désapprouver
est la ruine de ce cadeau immortel.
Cependant, tu arrives, Enfant
Car le message que tu délivres est inné:
d’où tu es venu, de ce que tu désires
Tu rencontreras la Muse Tardive
là où la mer noire est enclose
lactée, lumineuse.
Contemple avec les yeux courageux de l’abandon.
XX [Passage en création:: la beauté humaine appelle la Muse]
46. Le Prince d’Andromède est généreux pour les parias
et les enfants qui tant aiment jouer
inventeront des jeux pour évoquer les larmes
mais l’être humain est une créature de résolution sérieuse
Si sérieuse, il aura été trop tard
toujours trop tard pour changer
trop tard – pour toujours – pour devenir humain
Car quoi qu’il soit réalisé pour empêcher
d’accepter ce qui peut être donné sans prix
il le fera
il verra dans tous les désirs un moyen pour une fin
cependant, il ne peut pas voir la fin
d’un seul
moment
d’abandon intégral.
Ainsi, esclave du temps insondable
sème le déni là où le vent froid de la désolation
souffle au travers de la matrice de beauté
et c’est le servage
non pas l’attachement
qui répond à la douleur muette
née dans le coeur de tous ceux qui sont contraints d’être humains.
Les semences disséminées sur le bord du chemin
les herbes vrillées par le vent glacial
abritées par des roches sauvages sur des planètes
anonymes et inhabitables
en rotation dans les terrains vagues et stériles d’une galaxie
sont moins déprimants que leurs regards.
Pour l’amour du Ciel, ils attendent une apocalypse ringarde
non pas Vishnu clignant de l’oeil tantôt ici et tantôt là
ondulant les franges sensuelles du Rêve
non pas Shiva foudroyant Kama dans l’oubli
mais quelque psychodrame titanique
la conclusion que l’on ne peut plus éviter
le paroxysme suprême
un long hurlement
désespérant
et horrible.
Nonobstant, en toi le paradis perdu est réel
Il vit en ton regard
Tu es boussole et foyer en ton coeur
bien que tu ne le saches pas
et s’il n’y a pas le temps
le temps ne manque pas
et il n’est point trop tard donc
mais s’il y a du temps, il se peut qu’il passe
au travers de toi en un flux sanguin languissant
des moments si prégnants de révélation rare et pérenne
la douleur te bénira de ses à-coups fugaces
inscrits dans la moelle
et réputés pour ne jamais mentir
même lorsque le langage faillit
et lorsque le sentiment se disloqua.
Mais cherchant
telle la lampe en quête de son faisceau
Enfant
en errance d’un foyer emporté si loin dans les cieux
Andromède répand une faible lueur d’opale
“Lumière d’une bougie ardente
brillant au travers d’une corne translucide”
Deux millions d’années-lumière et toujours non-nées
immergées dans un océan de larmes
des planètes frissonnent et tourbillonnent
le hurlement du vent fragmenteur ne laisse
nulle paix
nul port de refuge
nul havre béni pour les pèlerins
en partance sur le rêve en souffrance
Mais d’être là déjà
D’être reflété, en l’Altérité
voilà le chemin pur et immortel
Sans jamais devoir être né
Nulle mort n’est requise pour te libérer
nulle fin à ton devenir, dans le rêve vivant
O précieux prodige, Enfant vagabondant au loin
Si généreux de toi-même, si innocent et sage
Tu es en provenance, sur une onde de lumière
qui ancre l’orée gracile du jour à l’horizon
Et ce qu’il faut pour te garder ici sur Terre
c’est tout ce qui requiert de te rappeler
plus l’amour
et ce que tu souffres juste d’imaginer
tout ce que cela demanda d’être tant aimé
et magnifique au-delà d’assumer
tout ce qui te consumait alors que la Terre tremblait
la moelle cristalline en tes os
même cela
va muter
en émerveillement de retour.
Tu auras la vision Andromèdienne.
47. Enfant de l’Enigme des Etoiles
Il est difficile de savoir et encore plus dur de dire
comment tu arriveras ainsi
incapable de présager de ton destin
cependant regardé par tous ceux que tu aimes
Car il n’existe pas d’angle fatal d
ans le miroir tout reflétant
nulle intention de tromper
mais s’enfuyant en honte de l’extase naturelle
et devenant aveugle dans tous les organes vitaux
il y a
encore
ce jaillissement de mer
résonnant
cellule par cellule
Silence en demeure
dont la tonalité éveille le Non-Né
Le mythe du sauvetage de la Terre
aura été co-créé là
et nulle part ailleurs, et
rien si ce n’est le mythe ne sera salvateur
Non pas ce qu’il dit, le contenu
ou le message clair et apposé
tel qu’il pourrait être, mais en l’élaborant
sois rendu libre
désaliéné dans l’acte de désaliénation
un pour un
chaque affection
chaque mouvement
chaque peur
chaque bravoure
chaque inspiration fragile
chaque moment apposé à maintenant
chaque regard et chaque geste
transposé vers l’Autre
accomplit le Voeu du Bodhisattva
Si tout ce qui est advenu, une fois
advient maintenant
alors toute action peut être transformée.
L’histoire créée sur Terre n’est pas un mythe
semblable aux autres. Le scénario
doit inclure un couple d’amants humains
le héros et la muse, mais jamais
jamais, au grand jamais, en un million d’années
n’imagine le Divin assumant une facture humaine
à moins qu’il ne s’agisse de toi-même ou de ton amante.
Et amants, dans votre cosmos rêvé pour le meilleur
aucun Dieu n’est plus excellent que le parfum des pêches blanches
Car vous avez jailli de la Terre
comme du Pollen jaillit de la Divinité suprême et jusqu’au moment,
où la divination emplit votre regard
et que vous assumez la carnation conférée par le ciel
vous ne pouvez pas atteindre
le bol peu profond sur le rebord
près du rideau jaune moucheté de pluie.
Si cela, votre vice fatal, goûter
la chair des Dieux, est tout ce qu’il vous faut
pour vous faire traverser la nuit
alors ne vous méprenez pas d’histoire:
Lorsque la masculinité mourut
une semence née d’étoile fut semée en la Terre
Non pas un sacrifice mais en abandon
la Divinité, certes, imprégna les affres humaines
souffrit certainement
et mourut réellement –
voyez le Liebestod, l’amour/mort-
crucifié sur la croix de la fatalité sexuelle
mais trouva que la mort laissait à désirer
n’offrant ni délivrance ni repos.
Ici même sur Terre, cela advint
un pour sauver un autre.
Et donc dépossédé en une étreinte tremblante
lorsque la muse et le héros fusionnèrent
l’amour-mort ne fut pas déserté,
pour une fois, ne fut pas dévasté.
Et donc acceptant de revenir, de renaître
voilà la mort authentiquement consciente
voilà l’extase
pré-goûtée
et son parfum est sublime.
Le bon goût engendre de bons compagnons.
Quant à ce champion de toutes les causes perdues
si tant est qu’il ait vécu, il doit avoir aimé une femme
et pour elle seule, et non pour l’humanité,
souleva le bois de croix sanguinolent
les bras étirés
comme s’il allait plonger dans une danse/spirale
et voyant la Terre entière
se colorer de vermillon
au moment où quelques yeux grand ouverts
le virent émerger
il se métamorphosa sous les traits…
d’un cygne glissant.
48. “Le Souverain est un gel de mosaïque et sa Consorte est une écharpe”
Asuramaya entendit ses consortes murmurer de loin.
Parfois elles chantaient comme une, une triple muse
en laps de temps, l’image d’une femme solitaire
multipliée par trois dont le doux parler
le guide en translations.
“Une histoire Orphique réfractée par une lentille Gnostique
pourrait tant dire à ceux d’à côté-”
“Mais sur Terre, l’inclination est au désespoir, le résultat
de croire que la chair des Dieux est un mets rare-”
“Ce qui leur fait voir, compulsivement, en tout couple mystique
le Christ et la Madeleine-”
“Le parfum des pêches est sublime” signala-t-il en retour
“mais la Muse conférera-t-elle l’indice à temps?-”
“Tardive mais jamais une seconde trop tard-”, carillonnèrent-ils.
Le poète se tenait jusqu’aux genoux dans la Mer de Wending,
les translations dans un fourreau dessous son bras
et se demanda comment tout ce qu’il écrivait était toujours connu sur Terre
mais perdu pour la raison humaine, perverti, démémoré.
Les translations étaient ainsi un prétexte, une guise d’offrir
ce qu’ils possédaient déjà, un geste de guérison, peut-être.
Tant était élémentaire sur M31
il sentait qu’il n’avait fait que commencer
à rendre cohérente la divination runique
et cependant, c’était presque achevé.
Son offrande
prenait une coloration.
Il aperçut dans les cieux, au-dessus de la Mer de Wending
trois nuances grandissantes de lumière ambrée
tracer un glyphe taoïste sur le moulage verdâtre
là où le lever de Terre plane et des rayons de jade frissonnante
surgissent au-delà de l’orée fractale de la nuit cosmique.
Dans cet environnement, son offrande semble sûre
mais qu’advient-il de ce qui est en train d’advenir?
Personne ne le sait réellement. Asuramaya était prêt
mais la translation n’était que la moitié du défi,
la moitié du rituel. Son aventure dans un mythe de vie reflétée
venait à l’expression pour être co-créée
mais intimement, par sélection naturelle de ceux
qui pourraient percevoir le rôle de l’amour
dans tout ce à quoi ils croient
et moins il y a de croyances, mieux c’est!
L’offre était intacte, les conditions mûres.
Il ressentait un appel vers l’espèce humaine:
de réaliser dans la connexion à la vie surnaturelle
nulle compréhension morale, mais l’aventure
et pour recouvrer en leur Divinité,
non pas le Cygne qui guide le Soleil
mépris pour un fils divin,
non pas quelque reflet charnel de pacotille, d’un au-delà,
mais le libre-jeu d’un éthos empreint d’humanisme
dans un amour passionné et sensuel
une histoire à la fois.
Il les lierait ainsi sous un enchantement de mots
dans une rime éparpillée;
la syntaxe s’effondrant verbe à verbe,
toute forcée qu’elle puisse être
était ample pour le mythe qu’il chantait.
La guérison est dans la dose.
L’échantillon (étrange à dire) vint à son esprit
infléchi d’Orion:
Devenir humain dans ce reflet aimable
l’offrande à réaliser n’est rien de moins
que la chose la plus exquise que vous puissiez imaginer –
Imaginez-la donc, pour l’amour d’Orion.
49. Et toi, Enfant, dont le regard de la Terre s’élève
contemple avec respect la vie double que tu tisses
la lumière divine, rejaillissant sur toi
Ta mémoire, une bousculade d’histoires chuchotées
Le battement de ton coeur sur le disjoncteur
Ton moment découvert dans les vies doubles
déversant de la compassion
ou t’en abreuvant
nul besoin que tu le saches.
Viens à la grâce de l’encontre vis à vis de toutes les restrictions
Lent à apprendre, lent tel le tourbillon
inaudible des Constellations…
Ecoute donc
lorsque tu es seul, comment le silence
en vol, chuchotant toute chose
et comment le plongeon spiralé
des Constellations profondément enchâssées
ne produisent pas de sons extérieurs
là où la poche d’encre de l’océan débordant d’étoiles
tourne et tourne autour de nul centre visible
les images vont et viennent sur les courants du vent nocturne.
Cygnus, le Cygne s’élevant
Persée, un troubadour brave et timide
Cassiopée
Pégase
Andromède
Si la navigation par les étoiles est lente
et que le foyer n’est nulle destination à quérir
alors la Terre doit être un monde distant et solitaire
aussi loin de nulle part que tu puisses aller
Le rire est divin qui lève la malédiction
mais la fourberie auto-générée ne demande jamais
si quelque part dans le ciel, l’oeil nu
te montre enfin ta binette,
cet univers parallèle.


